Le bulletin de paie papier tombera-t-il dans l'oubli d'ici à quelques années? Son pendant virtuel dans le cloud, légalisé depuis 2009, détrônera-t-il la version papier? Des entreprises s'y mettent déjà et trois consultants en informatique, associés à la tête de l'entreprise lilloise Soft-It fondée en 2006, misent sur ce marché.
My HRbox après CyberPaye
Après avoir lancé CyberPaye en 2010, lauréat de l'agence régionale de l'innovation, Olivier Bryndza, Jean-Pascal Verquin et Erwan Nalewajek viennent de concevoir un portail sécurisé beaucoup plus large, baptisé My HRbox, où chaque salarié peut non seulement réceptionner ses fiches de paie cryptées - il en cumule quelque 500 au cours de sa vie-, mais aussi recevoir et archiver tout document notamment RH: contrats de travail, attestations de formation, bilan social, justificatifs de frais, entretiens annuels... «Il s'agit d'un coffre-fort électronique qui suit le salarié dans sa vie professionnelle, même en cas de changement d'employeur», indique Olivier Bryndza. Si le salarié quitte en effet sa société, il peut ainsi conserver tous ses dossiers et les consulter de n'importe où, y compris donner un accès temporaire à un tiers, son banquier par exemple qui lui réclamerait des justificatifs. Le portail peut aussi être interactif: un outil de com'interne pour les entreprises et leurs services RH. Les entrepreneurs lillois avancent un autre argument de choc: «Le coût de référence pour un bulletin de paie édité et archivé par l'entreprise est de 1,72euros», contre 0,60euros par bulletin virtuel, «le prix d'un timbre», pour leur solution. Leur client doit aussi s'acquitter de frais d'installation et de licence (2.400€).
Un potentiel de marché énorme Sur ce marché, le trio lillois se bat contre des mastodontes de la gestion électronique de documents (Ged), comme Novapost et Primobox. L'essor de ces concurrents et le potentiel de marché encouragent les Nordistes. «L'économie potentielle liée à la dématérialisation par an s'élève à 200millions d'euros et le marché actuel n'est développé qu'à 10%», constate Olivier Bryndza qui en vise 2 à 4% (5M€ sous 5ans), prônant aussi la «responsabilité sociétale et citoyenne» des entreprises. Chacune de leurs solutions (CyberPaye et My HRbox) a nécessité 30 à 40K€ de développements, en autofinancement. Les associés conservent en effet leurs activités de consulting, en attendant que la commercialisation prenne. Les premiers clients sont là: une coopérative céréalière des Flandres, des concessions automobiles comme Gorrias à Boulogne-sur-Mer... Soft-It, partenaire en région de Cloud-It et de Rhesys Informatique à Paris, est aussi en prospection dans des mairies et collectivités, autre face du marché. Le potentiel est large et même mondial car My HRbox est déjà traduit en cinq langues.
Géry Bertrande
Informatique La dématérialisation a poussé trois Lillois à concevoir un portail où tout salarié peut recevoir et stocker ses fiches de paie et bien d'autres documents RH.