Serge Papin : "Si le conflit au Moyen-Orient dure, il sera plus compliqué d’aller chercher 1 % de croissance"
Interview # International

Serge Papin ministre des PME "Si le conflit au Moyen-Orient dure, il sera plus compliqué d’aller chercher 1 % de croissance"

Alors que le conflit au Moyen-Orient menace de durer, le ministre des PME Serge Papin, dans le cadre d’une rencontre accordée à l’Association des journalistes de PME (AJPME), détaille la réponse du gouvernement face à ses répercussions économiques : aides ciblées pour les entreprises les plus exposées, vigilance sur l’inflation et accélération de l’électrification des usages.

Serge Papin, ministre des PME : "Nous devons sortir de notre dépendance aux énergies fossiles et au Moyen-Orient" — Photo : Charlotte de Saintignon

Quel regard portez-vous sur la crise au Moyen-Orient ?

On peut dorénavant parler de "perma-crise" puisque, là où nous devions auparavant faire face à une crise tous les 15 ans, c’est désormais tous les 15 jours. Nous ne savons pas combien de temps celle-ci va durer, mais la crise au Moyen-Orient peut s’installer. Nous n’avons pas beaucoup de renseignements.

Comment le gouvernement compte-t-il accompagner les entreprises les plus exposées ?

La crise se vit au jour le jour. Le gouvernement travaille à leur accompagnement avec des aides ciblées. Certaines ont déjà été annoncées pour les agriculteurs, les pêcheurs et les transporteurs. Nous pensons également aux grands rouleurs, comme les infirmières libérales en zone rurale ou encore le transport de personnes, pour qui il est plus compliqué d’augmenter les tarifs. Nous apprécions la situation jour après jour.

"Nous allons flécher au maximum les aides. Car ce qui est donné d’un côté va augmenter la fiscalité de l’autre"

Lorsque l’on dit que c’est insuffisant, c’est tout de même 80 millions d’euros par mois. Si le conflit dure, nous serons à un milliard d’euros.

D’autres populations pourront faire l’objet d’un accompagnement si le conflit se prolonge, mais il faut du discernement : nous allons flécher au maximum les aides. Car ce qui est donné d’un côté va augmenter la fiscalité de l’autre.

Les entreprises concernées par le conflit et confrontées à des difficultés de trésorerie peuvent aussi faire appel au dispositif mis en place par l’État en février dernier, la Charte de confiance, qui prévoit plusieurs leviers d’action, du mandat ad hoc au report d’échéances. Nous avons constaté que 70 % des entreprises qui sollicitent ce dispositif suffisamment tôt parviennent à éviter la défaillance.

Quelles conséquences anticipez-vous pour l’économie française à court et moyen terme ?

Le prix du baril était à 110 dollars, ce qui signifie un prix à la pompe à 2,20 euros en France. Si cela continue, il y aura des conséquences sur l’inflation. L’Insee prévoyait environ 2 % d’inflation en juin 2026.

Il peut aussi y avoir des conséquences sur la croissance : nous avions prévu une croissance équivalente à celle de l’année dernière, de l’ordre de 1 %. Si le conflit dure, il sera plus compliqué d’aller chercher ce 1 %.

Nous devons sortir de notre dépendance aux énergies fossiles et au Moyen-Orient. Ce sont deux sujets sur lesquels il y a urgence à aller plus vite, notamment en ce qui concerne les énergies dont nous maîtrisons davantage l’approvisionnement : nucléaire, éolien et photovoltaïque. C’est ce que souhaite le Premier ministre, dans le cadre du programme pluriannuel de l’énergie, qui va s’accélérer. Il y a urgence aujourd’hui à passer à un plan d’électrification des usages. Cela veut dire aller plus vite sur le leasing social et, sur le plan industriel, passer du gaz à l’électricité. Mais cela n’exclut pas l’urgence d’aujourd’hui : aider ceux qui en ont besoin.

Paris France # International # Politique économique # Services de l'Etat # PME