Qui a dit que Rouen tournait le dos à son passé industriel ? En annonçant le démarrage prochain du projet Seine Sud, le président de la Métropole rouennaise Frédéric Sanchez (PS) a rappelé cette évidence : « le sujet c'est de continuer à accueillir des industries ! » Et pour se donner toutes les chances d'atteindre ses objectifs, la collectivité doit offrir davantage de mètres carrés. « Il faut clairement renouveler notre stock de mètres carrés disponibles dans les trois ans, prévient l'élu, car si on n'y prend pas garde, nous pourrions nous retrouver rive gauche en situation de pénurie ».
« Un projet absolument nécessaire »
L'ex-Crea (Communauté d'agglomération Rouen-Elbeuf-Austreberthe) devenue Métropole Rouen Normandie au 1er janvier 2015, avait jusque-là tenté de répondre à cette problématique en créant de nouvelles zones d'activités. Victime de son succès, la ZAC de la Vente Olivier toute proche (Saint-Étienne du Rouvray) est en passe d'être saturée. Dans ces conditions, le projet de reconversion industrielle de la zone de Seine Sud tombe à pic ! Même si l'accouchement fut long et douloureux. « C'est un dossier sur lequel nous travaillons depuis un long moment... Peut-être un trop long moment ! », souffle Frédéric Sanchez qui aurait préféré que les choses aillent plus vite, tant le projet lui apparaît « absolument nécessaire au développement économique du territoire ». Initié dès 2009, le projet Seine Sud prévoit la reconversion de friches industrielles situées le long du fleuve, à cheval sur les communes de Sotteville-lès-Rouen, Saint-Étienne du Rouvray et de Oissel au Sud-Est de l'agglomération rouennaise. Une zone fortement industrialisée dont le paysage varie depuis plusieurs décennies au gré des fermetures de sites emblématiques tel que Isover.
Le Halage et la Sablonnière en tête de pont
Au total, l'étude initiale menée par les services de la Métropole couvre un territoire de près de 800 hectares qui accueille des zones d'activités traversées par la ligne de chemin de fer Paris-Rouen ainsi que par le boulevard industriel qui relie la ville à l'autoroute A13. Un ensemble bordé d'un côté par la Seine, et de l'autre par des zones
d'habitation. L
e projet soumis au vote du conseil communautaire en décembre prévoit donc un phasage qui permet à ses promoteurs de se concentrer sur l'essentiel : les zones dites du Halage (Sotteville-lès-Rouen et Amfreville-le-Mivoie) et de la Sablonnière (Oissel et Saint-Étienne du Rouvray). La première se situe au coeur de la zone industrielle Est qui regroupe actuellement près de 6.000 emplois, estiment les services de la Métropole. Le Halage proprement dit concerne une zone de 15 ha en friche depuis 2004 et la fermeture du site Isover, ex-Saint-Gobain, qui accueillit autrefois les Fonderies de Lorraine. La collectivité veut en faire une zone mixte artisanat et industrie dont la commercialisation et le démarrage prévisionnel des travaux d'aménagement sont programmés pour 2016. La zone de la Sablonnière (25 ha) pourrait quant à elle accueillir une trentaine de parcelles modulables proche de zone d'habitation mais située à proximité d'une zone fortement industrialisée où sont implantés notamment la papeterie Europac et le spécialiste japonais des colorants Toyo Ink. Si le foncier reste encore à acquérir -ainsi qu'un diagnostic de pollution des sols à diligenter- la Métropole envisage déjà une future destination plus proche du « mixte artisanal » que de l'industrie proprement dite. Le dossier, lui, pourrait être bouclé en 2017.
Incertitudes liées au Contournement Est
Quoi qu'il en soit, « le projet est aujourd'hui abouti », estime Frédéric Sanchez. Malgré les obstacles nombreux qui se sont dressés sur sa route. Le premier d'entre eux n'étant pas le moindre : le Contournement Est de Rouen. Cela a créé une grande période d'incertitude », reconnaît l'élu qui se félicite qu'un nouveau tracé « à peu près stabilisé » soit aujourd'hui sur la table. « Là, nous avons vérifié que le projet était strictement compatible avec le nouveau tracé. Dans l'attente des annonces ministérielles à venir sur le sujet... », ajoute prudemment Frédéric Sanchez. Mais si le projet a mis près de cinq ans pour mûrir, ce n'est pas totalement la faute du Contournement Est. « Nous aurions aimé aller plus vite, mais nous avons buté sur certaines difficultés, dont le Contournement Est, mais pas uniquement... », explique le président de la collectivité en référence au grand nombre d'acteurs fonciers impliqués sur la zone : VNF (Voies Navigables de France), le port de Rouen ainsi que RFF (Réseaux Ferrés de France). Reste que la Métropole Rouen Normandie qui a officiellement succédé à la Crea au 1er janvier 2015 a récupéré du fait de ses nouvelles compétences la gestion de l'ensemble des espaces économiques présents sur son territoire. Seine Sud est donc bien le premier acte économique de la nouvelle collectivité.
Guillaume Ducable
La Métropole Rouen Normandie a officiellement donné le feu vert au projet de reconversion de la friche industrielle Seine Sud. Une première tranche concernant une quarantaine d'hectares pourrait être livrée entre 2016 et 2017.