«C'est l'investissement le plus important de l'histoire du groupe», a expliqué le directeur général de Sanofi Aventis, Christopher Viehbacher, lors de la pose de la première pierre de la nouvelle usine de production de vaccins à Neuville-sur-Saône, le 12mai dernier. La construction de l'usine devrait prendre 4 à 5 ans et permettre, dès 2013, la production de 100millions de doses de vaccins par an. Avec cet investissement colossal de 350M€, Sanofi Aventis fait un pari de taille car le vaccin contre la dengue est seulement en phase de test. «Nous estimons à 70% les chances de voir le vaccin aboutir, mais il faut faire l'investissement dès maintenant pour être prêt lorsque les recherches seront terminées, poursuit Christopher Viehbacher. Dans le cas où la recherche mènerait à une impasse, nous aurons à Neuville un beau monument, c'est le risque de notre métier.» En effet, en raison des techniques très spécifiques de la production de ce vaccin, «seul 50% du matériel de l'usine de Neuville pourront être réemployés», affirme le docteur Elias Zerhouni, conseiller scientifique et technique auprès de Sanofi Aventis. Il faudrait alors réaliser de nouveaux investissements très lourds pour transformer l'outil de production.
Enjeu de santé publique
«Cet investissement illustre l'engagement de Sanofi Aventis pour la santé des populations», a souligné le directeur général de Sanofi Aventis. La dengue touche 230millions de personnes par an dans le monde et menace près de la moitié de la population du globe située sous les tropiques. Elle provoque de fortes fièvres, une déshydratation et des vomissements. Par conséquent, elle pèse lourdement sur les systèmes médicaux des pays tropicaux. Jusqu'à maintenant, la dengue n'a pas de traitements curatifs dédiés. Avec le réchauffement climatique, cette grippe tropicale transmise par les moustiques s'étend vers les pôles, touchant notamment de plus en plus de personnes au Mexique et au sud des États-Unis.
Potentiel de 1 Md€ par an
Un futur ?blockbuster??
À cette question, le directeur général Christopher Viehbacher répond sans hésiter: «Oui, c'est possible», et évoque un chiffre d'affaires potentiel de «1 Md€ par an» grâce à ce nouveau vaccin. À terme, il pourrait représenter le quart du résultat de Sanofi Pasteur, la filiale spécialisée dans la fabrication des vaccins, qui a réalisé un chiffre d'affaires de 2,8Md€ en 2008. Pourtant, les syndicats de Sanofi Pasteur à Neuville-sur-Saône, réunis en intersyndicale, sont inquiets. La stratégie de Sanofi Pasteur consiste à se développer dans les vaccins au détriment de la chimie pharmaceutique, la spécialité des unités de Neuville. Les syndicats craignent donc la suppression de 500 postes sur le site d'ici à 2015 dans les unités de chimie qui ne serait que partiellement compensée par la création de 200 emplois dans l'usine de vaccins contre la dengue. Le site emploie actuellement 750 personnes. En 2007-2008, un plan de sauvegarde de l'emploi avait entraîné la suppression de 118 postes.
Le leader mondial des vaccins a lancé la construction d'une nouvelle usine de production de vaccins contre la dengue à Neuville-sur-Saône, alors même que les recherches n'ont pas encore abouti.