L’Etat va-t-il se jeter à l’eau ? Il ne lui reste que quelques heures pour se décider. Jeudi, les chantiers de Saint-Nazaire seront très probablement mis en vente. « C’est sûr et certain », commente Nathalie Durand-Prinbogne, délégué FO sur les chantiers de Saint-Nazaire. C’est un cabinet nazairien qui est en charge de la vente. STX Offshore &Shipbuilding doit présenter un plan de restructuration à la justice coréenne jeudi, et la cession de STX France parait etre sa seule porte de sortie. Qui va donc reprendre la barre ? Les Chinois seraient intéressés, le groupe hollandais Damen a déjà fait savoir qu’il aimerait reprendre les chantiers. Mais in fine, c’est l’Etat qui tranchera puisqu’il detient un tiers du capital et dispose d’une minorité de blocage et d’un droit de veto.
« Pas les chinois, ils vont nous dépouiller »
Inquiet, Bruno Retailleau a envoyé une lettre au Ministère de l’Economie. Il presse Michel Sapin de présenter « la solution de reprise qu’il entend privilégier ». Le président de la région avait déjà fait savoir cet été qu’il était prêt à « participer au tour de table financier ». Si l’Etat ne se décide pas, les chantiers pourraient bien passer sous giron chinois. « Ils ont déjà acheté trois petits chantiers navals. Le marché de la croisière les intéresse énormément. Mais ils vont nous dépouiller ! Ils vont transférer toutes nos compétences », s’inquiète Nathalie Durand Prinborgne.
« Les Français ne comprendraient pas »
Autre repreneur potentiel : le néerlandais Damen. Il possède actuellement 50 chantiers de construction et de réparation navale, dont ceux de Brest et Dunkerque. Ce rachat lui permettrait de mettre enfin un pied sur le marché français de la Defense qu’il convoite tant. « Mais ce n’est pas une bonne solution », pour Nathalie Durand-Prinborgne, « c’est un concurrent direct de DCNS, cela signifie que nous ne pourrions pas construire de porte avion. » Des études pour la succession du Charles de Gaulle devraient effectivement débuter dans les prochaines années. Et Saint-Nazaire est le dernier chantier français capable de réaliser des bâtiments de guerre. « Les Français ne comprendraient pas qu’il soit construit à l’étranger », comment la délégué FO des chantiers de St Nazaire, cela serait tout de même incroyable, alors que notre carnet de commandes est plein pour 10 ans, que nous perdions ces chantiers », poursuit-elle.
La syndicaliste rappelle que les chantiers sont déjà dépendant de l’Etat : « quand il y a des commandes à signer, c’est toujours grâce à l’Etat que l’on obtient les accords des banques parce qu’il tape pas du poing sur la table. Autant qu’il ait complètement la main. » conclue-t-elle. Le carnet de commandes des chantiers de Saint Nazaire est plein jusqu’en 2026. Les chantiers emploient 2600 salariés chargés de construire quatorze paquebots de croisière pour l'italo-suisse MSC Croisières et l'américain Royal Caribbean.
Pour les syndicats, il n’y a pas d’autres solutions que la nationalisation. Ils pressent l’Etat d’agir, tout comme Bruno Retailleau qui a envoyé une lettre à Bercy. Les chantiers de Saint-Nazaire seront très probablement mis en vente jeudi prochain.