Arrimée au géant du luxe Hermès depuis trente ans, la cristallerie lorraine Saint-Louis engage sa seconde révolution industrielle, à savoir la fabrication de cristal sans plomb. La firme verrière qui emploie 400 personnes (chiffre d’affaires non communiqué), prévoit d’injecter 30 millions d’euros sur la période 2023-2028 en vue d’adapter les outils de production de sa manufacture de Saint-Louis-Lès-Bitche, en Moselle.
Il s’agit pour la cristallerie fondée en 1586 de se mettre au diapason des nouvelles valeurs limites d’exposition des salariés au plomb au niveau européen, une réglementation dont l’entrée en vigueur se fera par étapes jusqu’au 31 décembre 2028.
Design d’un nouveau four à bassin
À Saint-Louis-Lès-Bitche, aux confins de l’Alsace et de la Lorraine, le chantier a débuté début 2025 avec la mise en service d’un second four à bassin. Cet équipement d’une capacité de 8 tonnes par jour a permis de démarrer la production de premières pièces en cristal sans plomb, un métal qui entre à hauteur de 24 % minimum dans le processus de fusion à 1 450°C, en complément de la silice et de la potasse.
Jérôme de Lavergnolle, PDG de Saint-Louis, explique que "nos ingénieurs en chimie ont utilisé les propriétés de différents oxydes métalliques pour élaborer une nouvelle composition de cristal sur la base de laquelle le design d’un nouveau four à bassin a été modélisé".
Le nouveau four permet à la cristallerie de mener les campagnes d’essai nécessaires à la mise sur le marché de nouveaux produits en cristal sans plomb. Des premières pièces sans plomb pourraient figurer bientôt dans les gammes de luminaires du groupe, un marché qui représente plus de la moitié de son chiffre d’affaires. La manufacture de Saint-Louis-lès-Bitche serait alors la première maison française à intégrer ce nouveau produit normalisé en 2023 par l’Afnor.
Transition des procédés et adaptation de l’humain
Saint-Louis va poursuivre son plan d’investissement en remplaçant à l’horizon 2027 son four à neuf pots de 5,4 tonnes, un équipement adapté à la fabrication de cristal coloré. Son programme se clôturera en 2028 avec le renouvellement de son premier four à bassin (8 tonnes par jour).
"La transition vers le cristal sans plomb est une transition des procédés de fusion et une adaptation de l’humain. C’est pourquoi les deux prochaines années vont être consacrées à la formation de nos artisans verriers. En effet, c’est toute la chaîne de fabrication manufacturière qui évolue : la fusion dans les fours, mais aussi le travail à chaud et le travail à froid (taille, polissage, gravure, etc.)", insiste Jérôme de Lavergnolle.
Activité doublée entre 2019 et 2025
L’introduction d’oxyde de plomb dans les recettes verrières de Saint-Louis à partir du XVIIIe siècle avait révolutionné le travail des artisans. Les enjeux sont donc conséquents pour la prestigieuse maison dont le chiffre d’affaires a doublé entre 2019 et 2025, porté par les marchés chinois et japonais, l’Asie représentant 45 % de son activité.
Cette transition extrêmement capitalistique concerne également les cristalleries Baccarat (Meurthe-et-Moselle), Lalique (Bas-Rhin) et Daum (Meurthe-et-Moselle), les deux premières privilégiant la fabrication de cristal sans plomb, la troisième ayant opté pour un travail haut de gamme sur de la pâte de verre.