« C'est le moment ou jamais de passer à l'attaque ! ». Eric Gex-Collet, directeur général d'Eovi, est catégorique. Le paysage de la couverture mutualiste est en pleine mutation, plusieurs fenêtres de tir s'offrent à la mutuelle stéphanoise et à ses concurrentes. Elle doit donc montrer les muscles, et son plus beau sourire, pour séduire immédiatement. « Les 6/8 prochains mois sont capitaux pour nous. Car ensuite le marché redeviendra atone pour plusieurs années ». L'ANI bouscule, en effet, très fortement le marché et ses acteurs.
La course aux contrats collectifs
L'ANI, l'accord national interprofessionnel relatif à la sécurisation de l'emploi, rend obligatoire à partir du 1er janvier 2016, la mise en place dans toutes les entreprises d'une complémentaire santé prise en charge partiellement par l'employeur. « Cela signifie concrètement que tous les salariés français vont basculer sur du contrat collectif (4 millions environs de salariés n'étaient jusqu'ici pas couverts par un contrat collectif NDLR). Nous avons donc un certain nombre de nos adhérents, en contrats individuels, qui vont nous quitter pour entrer dans le nouveau contrat collectif de leur entreprise. On ne sait pas exactement combien mais nous allons perdre un volume important de contrats individuels », annonce Eric Gex-Collet. Pour contrer cette hémorragie, que connaîtront ses concurrentes, Eovi a décidé de se lancer corps et âme dans la conquête de ces nouveaux contrats collectifs, ces contrats "ANI", pour compenser l'évasion des contrats individuels. Il s'agit d'ailleurs de l'enjeu majeur du nouveau plan stratégique de la mutuelle, baptisé "Cap 2017". « Nous embauchons 40 commerciaux spécialement pour l'ANI. C'est beaucoup mais c'est nécessaire car ces nouveaux contrats concernent essentiellement des toutes petites entreprises, des artisans... qu'il faut vraiment aller chercher sur le terrain». Au-delà du travail de ses équipes commerciales, Eovi met le paquet sur la communication avec des spots radios nationaux par exemple ou un sponsoring maillot de l'ASSE (environ 1 M€ d'investissement). Autant d'actions censées booster la notoriété d'Eovi.
Effondrement des marges
Aujourd'hui, Eovi Mcd compte, dans son portefeuille clients, 40% de contrats collectifs contre 60% de contrats individuels. La tendance devrait s'inverser rapidement. Mais si la mutuelle stéphanoise peut espérer, dans cette évolution, conserver le même nombre de chefs de familles, elle prévoit un effondrement de ses marges. « Les prix sont beaucoup plus tirés sur ces contrats collectifs », explique Eric Gex-Collet. Une analyse partagée par son homologue d'Apicil, François Barret (lire par ailleurs page 15) : « Nous allons remplacer des activités orientées sur la santé individuelle par des activités sur la santé collective, nettement moins rentables. Et cela va générer une augmentation drastique de la concurrence : tous ceux qui sont opérateurs sur l'individuel vont en effet se précipiter sur la santé collective. Nous allons vers un effondrement des marges, déjà réduites, sur le marché de la complémentaire santé ». Un effondrement des marges que la mutuelle stéphanoise s'efforce d'anticiper. « Nous savons que nous allons devoir piocher dans nos fonds propres sur les trois ou quatre prochaines années pour assurer notre fonctionnement et nos investissements », annonce le DG d'Eovi Mcd Mutuelle. Une situation inconfortable qu'il préfère donc assortir de garanties. Malgré ses 429% de taux de couverture (obligation réglementaire de 100%) et ses 641,5 M€ de fonds propres, le groupe Eovi prépare ses arrières et travaille à la constitution d'une UMG, une Union mutualiste de groupe avec les organismes Adrea et Apreva. « Le marché nécessite une concentration des acteurs du secteur. Nous allons mettre en place des relations de solidarités financières. Ensemble, nous disposerons d'1,5 Md€ de fonds propres ce qui nous permettra d'absorber plus sereinement le choc de l'ANI», dévoile Eric Gex-Collet.
Eovi Mcd Mutuelle
(Saint-Etienne)
Président : Maurice Ronat DG : Eric Gex-Collet 1.800 salariés CA 2014 : 917 M€ RN 14 : 8 M€ ww. eovi.fr