Ses batteries sont partout : dans 70 % des trains, tramways et métros — y compris le futur TGV M - et 80 % des avions commerciaux du monde, jusque dans la station spatiale internationale. Ce 25 septembre sur son site de Bordeaux, abritant 725 salariés et son principal centre de recherche et d’innovation mondial, le fabricant de batteries Saft (plus de 4 300 salariés sur 16 sites), filiale de TotalEnergies depuis 2016, a franchi un nouveau cap.
Solution industrielle
Il y a présenté EnerShift, un projet pilote de stockage d’énergie de 9 mégawattheures (MWh), reposant sur sa technologie de batterie lithium-ion en conteneur, Intensium Shift. L’installation alimente déjà en électricité le site de Bordeaux quatre heures par jour, y compris sa ligne de production de batteries pour le ferroviaire et l’aéronautique et ses activités de R & D, qui regroupent 200 personnes.
Développé sur place et connecté au réseau électrique (et au mécanisme de régulation géré par RTE) ou adossé à des centrales (solaires ou éoliennes), il est censé "repenser la consommation énergétique industrielle, explique Cédric Duclos, directeur général de Saft. Il permet de choisir le moment où on charge son énergie, quand les parcs éoliens et solaires produisent, et de la décharger au moment de la journée où la demande (et les prix, NDLR) est élevée. Il réduit la nécessité de faire appel à des moyens de production carbonés". La promesse est double pour les industriels : réduire à la fois leur empreinte carbone et leur facture.
Un système reproductible
Saft l’assure, le modèle EnerShift, qui regroupe trois conteneurs de batteries de 3 MWh chacun, un convertisseur et un conteneur de contrôle sur une surface "équivalente à un court de tennis", est reproductible, et sa duplication déjà en cours sur d’autres sites du groupe en Géorgie (États-Unis) et en République tchèque "dès 2026". Les solutions de stockage d’énergie par batterie de Saft sont déjà utilisées dans de nombreux secteurs : ils remplacent notamment l’alimentation de secours au diesel dans un data center de Microsoft en Suède depuis 2023. Saft travaillant déjà sur des conteneurs de plus grande capacité.
Rester dans la course
Le site bordelais est l’un des trois sites industriels français de Saft, qui ont pour particularité d’être tous les trois situés en Nouvelle-Aquitaine. Et de ne pas cesser d’innover dans cette course mondiale pour la souveraineté dans les batteries. À Nersac (Charente, 200 personnes), site cinquantenaire, on assemble notamment les batteries lithium-ion des futurs TGV M qu’Alstom assemble à Aytré (Charente-Maritime), espérant les faire rouler dès 2026.
Traction autonome
Avec une spécificité : elles actent la transition de Saft des batteries ferroviaires en nickel cadmium — batteries de secours pour les trains, fabriquées à Bordeaux — vers les batteries lithium-ion, capables de fournir aux trains une capacité de traction autonome (déconnectées du réseau électrique, NDLR) à 35 km/h sur 25 à 30 kilomètres. "C’est la distance moyenne entre deux gares ou jusqu’à un point de déchargement", assure Cédric Duclos. L’espoir derrière cette technologie : en finir avec les trains bloqués en pleine voie.
À Poitiers (Vienne, 650 salariés), on fabrique notamment, avec Safran, un nouveau système de batterie haute tension pour électrifier différents types d’avion avec des cellules de lithium-manganèse-fer-phosphate "jusqu’aux cellules tout solide de demain", plus sûres et denses en énergie.
Cette ruée vers les batteries solides, Saft, qui investit chaque année environ 10 % de son chiffre d’affaires (1,3 Md€ en 2024) en R & D, continue d’innover pour y rester. Le site bordelais a investi 20 millions d’euros pour construire 500 m2 de salles sèches et tripler le nombre de lignes de prototypage et de test du site. Deux laboratoires et un espace d’assemblage seront notamment consacrés aux batteries tout solide. La livraison est espérée pour le premier semestre 2026.