Gérer les risques, c'est son cheval de bataille. Ayant de plus en plus de poids dans divers secteurs, le risk-manager répond aux attentes grandissantes des entreprises. Éclairages sur ce métier clé avec Frédéric Lucas, risk-manager en poste au sein du géant de la communication Publicis Goupe.
En évolution constante, la fonction de risk manager reste assez méconnue. En quoi consiste-t-elle exactement?
Dans une entreprise, chacun gère des risques à son échelle. En tant que risk manager, j'ai la mission plus spécifique d'identifier ceux qui sont majeurs pour l'entreprise. Ceux aux conséquences insupportables économiquement. Pour y parvenir, je favorise écoute et réunions entre les responsables d'équipes afin qu'il ne subsiste pas de risque majeur «orphelin». J'invite ainsi régulièrement directeur général, DRH, responsable de production, directeur commercial et autres spécialistes à échanger. Que tous ces experts s'approprient les risques liés à leur domaine et les réduisent au maximum est mon objectif. Exerçant un métier à la fois de communication et de transversalité, je joue le rôle de coordinateur. Un rôle d'autant plus pertinent quand les risques sont multiples. Mais, ma tâche ne s'arrête pas là.
Sur quel autre volet intervenez-vous?
J'agis aussi au niveau du «transfert de risques». Une fois que le directeur juridique a travaillé sur la responsabilité de l'entreprise ou encore que le responsable qualité a réduit le nombre de produits défectueux, du chemin reste à parcourir. Après l'identification, la hiérarchisation des risques ainsi que la mise en place de démarches prévention, de protection et de formation, etc., la réflexion se prolonge. Il s'agit, selon différents critères, de mesurer les éléments en présence. Et de déterminer quels risques assurer. Prenons l'exemple de la grande distribution. Dans ce secteur, le risque de chutes est traditionnellement élevé. Faut-il alors engager davantage de moyens en nettoyage ou transférer ce risque sur sa compagnie d'assurances? D'un côté, l'entreprise fera face au coût d'une création de poste, de l'autre elle verra croître sa prime de responsabilité civile...
Quelles relations un risk-manager entretient-il enfin avec l'assureur et quels conseils donneriez-vous aux dirigeants s'adressant à lui?
La négociation de contrats d'assurance fait partie intégrante de mon métier. Il est donc indispensable d'entretenir avec courtiers et assureurs des liens continus. Je conseillerais d'ailleurs aux dirigeants de bien connaître leur assureur. Il saura leur fournir des statistiques pointues sur les risques inhérents à leur activité. En lui donnant le maximum d'informations, ils se verront aussi proposer un contrat répondant aux vulnérabilités de l'entreprise. Il ne faut pas non plus hésiter à vérifier auprès de l'assureur si tel risque majeur est bien couvert. Dernier conseil: faire en sorte que l'assurance ne paie pas trop de sinistres de fréquence. Le dirigeant s'exposerait alors à payer une prime d'assurance supérieure au coût d'un sinistre. Ce qui n'a plus de sens...