«C'est ma prière», «Petite Marie», «Les Démons de Minuit». Trois tubes incontournables des années 70 et 80. Si les mélodies, les textes et le nom des interprètes reviennent vite en mémoire, qui connaît l'auteur de ces trois chansons ? Bien malin celui qui sait que Richard Seff, dirigeant de la société Midiscom, implantée à Péchabou, en est à l'origine.
Paroles, paroles
Rien ne semblait prédestiner Richard Seff à devenir parolier et producteur. Son lieu de naissance en premier lieu: Toulouse, bien loin du sérail parisien. Sa famille ensuite: ses parents, enseignants, sont totalement étrangers au milieu de la musique. Et pourtant, dès ses 12 ans, Richard Seff écrit des chansons que son frère, Daniel, de deux ans son aîné, interprète. Tous deux bercés par les mélodies et les textes de chanteurs français (Brassens, Gainsbourg ou encore Julien Clerc) et anglais (les Beatles et les Who notamment), ils ne vivent que pour la musique. Avec les moyens du bord, en l'occurrence un simple magnétophone, ils improvisent un studio d'enregistrement dans leurs chambres. Jusqu'au jour où, sur les recommandations de Claude Nougaro, ils rencontrent Claude Dejacques, directeur artistique au sein du label Festival. Ce découvreur de Barbara, directeur artistique de Serge Gainsbourg et producteur de nombreux chanteurs français, donne leur chance aux deux jeunes Toulousains. À 21 ans, Daniel Seff signe son premier contrat d'artiste et Richard, 19 ans, se voit commander une chanson par Gérard Lenorman. «De toi» sera son premier succès et il ne s'arrêtera pas là. Il écrit ensuite pour Mike Brant la célèbre chanson «C'est ma prière» mais aussi pour Johnny Hallyday, Claude François, Joe Dassin. Encore aujourd'hui, Richard Seff parle de «miracle» quand il évoque le début de sa carrière de parolier. «J'ai commencé à vivre de la musique à 19 ans. J'ai eu beaucoup de chance que les premières chansons que j'ai écrites aient été des succès, reconnaît-il volontiers. Sur les quelque 500 chansons que j'ai écrites, 300 sont devenues des titres. Et seules une dizaine des tubes, qui me rapportent des droits d'auteur.»
Du studio à l'entreprise
À partir de 1976, Richard Seff passe à la vitesse supérieure. Il n'écrit plus seulement des chansons mais produit des artistes. Son premier «poulain», il le rencontre lors d'un concours organisé par Sud Radio. Daniel et Richard Seff, tous deux membres du jury, se retrouvent face à Francis Cabrel, encore inconnu à l'époque. Richard Seff enregistre la chanson «Petite Marie» avant de produire le premier album de l'artiste originaire d'Astaffort, en Lot-et-Garonne. Viennent ensuite les années 80 marquées par deux nouveaux tubes: «Macumba», co-écrit et interprété par Jean-Pierre Madère et «Les Démons de minuit» par le groupe Images. Loin de prendre la grosse tête, Richard Seff relativise. «C'est un métier où on apprend le risque. Il faut rebondir rapidement, se renouveler pour toujours intéresser le public», constate-t-il, lucide. Les années 90 annoncent un tournant pour Richard Seff. «J'ai été sollicité par plusieurs responsables de magasins Leclerc, raconte-t-il. Conscients que le fond sonore diffusé sur leurs lieux de vente s'apparentait souvent à une nuisance, ils ont souhaité le transformer en un véritable outil de communication. Comme je possédais un studio d'enregistrement, de par mon métier de producteur, j'ai pu mettre au point des programmes musicaux.En plus du contenu, la société Midis, que Richard Seff a créé en 1993, propose un système de diffusion automatisé. «Au départ, je dirigeais Midis en parallèle de mon travail d'auteur-producteur, ce qui m'a permis de m'autofinancer et d'être le seul actionnaire de ma société», explique-t-il. Mais il consacre de plus en plus de temps à Midis. Il décide alors d'abandonner son métier de producteur mais continue à écrire des chansons. «Je n'ai pas deux vies distinctes. Je suis à la fois auteur-producteur et chef d'entreprise. J'ai trouvé mon équilibre entre les deux», conclut-il.
Parolier de Gérard Lenorman à19 ans, producteur de Francis Cabrel à 25 ans, Richard Seff est depuis 1993 à la tête de Midiscom, société spécialisée dans le marketing sensoriel. Si sa fonction de dirigeant occupe la majeure partie de son temps, il prête encore sa plume à de jeunes artistes.
Marie Lepesant