Loire-Atlantique
"Réseau Entreprendre, c’est une communauté qui prône l’entraide, il faut cultiver cela"
Interview Loire-Atlantique # Réseaux d'accompagnement

Yvana Bretaudeau présidente de Réseau Entreprendre Atlantique et fondatrice d’Attribution de Marchés.com "Réseau Entreprendre, c’est une communauté qui prône l’entraide, il faut cultiver cela"

Cheffe d’entreprise engagée, Yvana Bretaudeau vient d’être élue présidente de Réseau Entreprendre Atlantique. À 39 ans, elle dirige " Attributions de Marchés.com", PME de 32 salariés spécialisée dans la collecte d’informations stratégiques pour les fournisseurs du BTP. Dans cet entretien exclusif, elle détaille le rôle qu’elle entend jouer à la tête de l’association, qui accompagne créateurs et repreneurs d’entreprise.

Yvana Bretaudeau, présidente de Réseau Entreprendre Atlantique et dirigeante de Attributions de Marchés.com. Elle a été lauréate, membre, administratrice, et désormais présidente de l’association — Photo : David Pouilloux

Vous venez d’être élue présidente de Réseau Entreprendre Atlantique. Comment cela s’est-il passé ?

On ne se porte pas candidate, on est choisi par les membres du conseil d’administration. On m’a désignée ! J’ai été lauréate en 2013, puis membre en 2016, et membre du conseil d’administration en 2019. Et mon nom est sorti cette année pour être présidente. Lorsque les membres du conseil d’administration du Réseau entreprendre atlantique m’ont choisie, j’ai accepté, parce que je suis totalement alignée avec les valeurs de l’association : entraide, engagement, bénévolat. On est là pour aider, pas pour en tirer un avantage personnel. On paie même pour être bénévole ! Et j’estime important de rendre aussi ce que l’on vous a donné.

Lors de votre arrivée au sein du conseil d’administration, vous avez intégré la commission impact. La RSE, est-ce important pour vous ?

Il est nécessaire de sensibiliser les chefs d’entreprise aux enjeux environnementaux, sociaux et sociétaux. Au sein de cette commission, notre rôle consiste à encourager l’intégration progressive d’une démarche RSE dans les projets des lauréats, avec pour ambition d’en faire une composante naturelle de chaque projet entrepreneurial. Il faut ouvrir les yeux sur ces sujets qui sont essentiels.

Comment le réseau fonctionne-t-il au quotidien ?

Nous avons 350 membres et environ 800 créateurs ou repreneurs d’entreprise ont été accompagnés en 25 ans. Chaque mois, environ 25 à 30 chefs d’entreprise se portent volontaires pour évaluer des dossiers en comité d’engagement. Sur 300 dossiers reçus par an, une cinquantaine est sélectionnée, puis une trentaine passe en comité d’engagement. Nous assurons aussi un accompagnement de deux ans, en binôme avec un chef d’entreprise, et des clubs de lauréats qui favorisent les échanges. Les prêts accordés, entre 15 000 et 50 000 euros, sont à titre personnel, remboursables sur cinq ans. Le lauréat doit s’engager à créer au moins 5 emplois à plein temps dans les trois ans. Être lauréat, c’est un levier, un label, qui rassure les banques et les investisseurs, car nos critères sont stricts, nos mentors et notre jury ont de l’expérience, et c’est donc un gage de solidité, de crédibilité du projet.

Quelles sont les ambitions du réseau pour les années à venir ?

D’abord préserver le dynamisme et l’efficacité de ce réseau. C’est un héritage précieux, et il faut le protéger, continuer à le faire vivre. Ensuite, nous voulons mieux structurer l’accompagnement des projets de croissance, et jouer un rôle plus actif auprès des lauréats confrontés à des épreuves. On sent que le contexte est tendu, que des entreprises fragilisées peuvent basculer. Réseau Entreprendre, c’est une communauté qui prône l’entraide, il faut cultiver cela.

Yvana Bretaudeau, présidente de Réseau Entreprendre Atlantique et dirigeante de Attributions de Marchés.com. L’entraide est l’une des valeurs cardinales de l’association — Photo : David Pouilloux

En tant que présidente, y a-t-il un aspect auquel vous tenez en particulier ?

Je tiens à renforcer le lien entre membres et lauréats. Aujourd’hui, après les deux ans d’accompagnement, on perd souvent le lien, on n’a plus de nouvelles. Je souhaite que l’on crée des passerelles, que l’on garde le contact et que l’on détecte les signaux faibles lorsque certains problèmes surgissent afin d’éviter la fermeture. On peut organiser des comités stratégiques, réactiver l’entraide quand une entreprise rencontre une difficulté. Il est important aussi que les membres sachent ce que deviennent les projets qu’ils ont validés.

Vous êtes également cheffe d’entreprise. Quel est le métier d'"Attributions de Marchés.com" ?

C’est un métier de niche. Nous identifions les projets de construction de plus de dix logements, souvent supérieurs à un million d’euros. Nous suivons les chantiers pour connaître les entreprises retenues pour réaliser les travaux, avant même qu’elles n’interviennent. Nos clients sont des fournisseurs du BTP, répartis en trois grandes familles : les prestataires de services, comme les loueurs de matériel (Loxam ou Newloc) et les agences d’intérim, les négociants comme Point P, VM ou Rexel, et les fabricants de matériaux, du carrelage à la poignée de porte. Nos clients ne sont pas les artisans ou les entreprises qui répondent aux appels d’offres, mais ceux qui doivent les fournir une fois les lots attribués.

Comment l’idée de créer cette entreprise vous est-elle venue ?

C’est sur un chantier, en 2008. Je travaillais alors dans le domaine des déchets du BTP, à Nantes. Un jour, je fais un constat d’accident avec un grutier, et je lui demande comment il accède aux informations sur les chantiers où une grue serait sans doute nécessaire. Il "bricolait", comme moi, à partir d’appels d’offres publics, sans avoir un outil adapté. Je suis partie en vacances avec cette idée : il faut que quelqu’un fasse le job sérieusement. J’ai testé avec un fichier Excel, puis rencontré dix fournisseurs du bâtiment. Ils m’ont dit : si tu nous donnes chaque jour la liste des chantiers avec les entreprises retenues, c’est génial. J’ai lancé la société en 2010, avec un modèle simple : 280 euros d’abonnement par mois. Et j’ai visé la rentabilité immédiate.

Étiez-vous seule au départ ?

Oui, j’avais très peu de moyens. J’ai fait développer mon outil pour 1 350 euros par une TPE informatique locale avec un développeur issu du monde de la chaussure. Une amie m’a aidée après son congé maternité avec les "stages Pôle emploi" pendant 2 mois, puis je l’ai embauchée. J’ai pris des risques, mais j’ai tenu. La première année, on a fait 120 000 euros de chiffre d’affaires, sur la Loire-Atlantique, où j’avais jusqu’ici travaillé. J’ai recruté, ouvert de nouveaux départements, le Maine-et-Loire, où se trouve en entreprise (à Saint-Macaire-en-Mauges), puis l’Ille-et-Vilaine. Et toujours en gardant le même principe : développer sur des bases solides.

Quand avez-vous fait appel à Réseau Entreprendre ?

Yvana Bretaudeau, présidente de Réseau Entreprendre Atlantique et dirigeante de Attributions de Marchés.com — Photo : David Pouilloux

En 2012. Mon modèle était validé, mais j’avais besoin d’accélérer, de me déployer sur toute la France. J’avais 25 ans, peu d’expérience. Réseau Entreprendre m’a accompagnée dans la structuration de l’entreprise. Mon premier accompagnateur, Frédéric Salé, un ancien de Lactalis, m’a ouvert les yeux sur le recrutement : j’avais embauché quelqu’un qui s’est révélé toxique. Il m’a appris qu’il fallait accepter de "sortir quelqu’un de son entreprise" quand celui-ci nuit à celle-ci. Licencier, c’est une décision dure, mais nécessaire. J’ai retenu aussi que le savoir-être en entreprise est très important, voire plus important que le savoir-faire. Ensuite, avec Franck Bertaud (qui à l’époque travaillait à la Sogedi), j’ai compris qu’il fallait que je devienne cheffe d’orchestre, pas commerciale en chef, qu’il fallait que j’aie du temps pour structurer l’entreprise, manager, et préparer l’avenir.

Couvrez-vous aujourd’hui toute la France ?

Oui, mais cela nous a pris sept ans. Je voulais développer à mon rythme, sans brûler les étapes. Je ne voulais pas recruter 15 commerciaux d’un coup. Chaque développement devait être validé : ça fonctionne ? C’est rentable ? Alors on passe à l’étape suivante. En 2024, on a fait 2,4 millions d’euros de chiffre d’affaires. Mon entreprise compte 32 salariés. Nous visons 2,7 millions d’euros en 2025.

Quelles sont les valeurs qui vous portent ?

La confiance, l’engagement et le plaisir. Je crois au collectif. Je viens du sport, du basket. Je voulais être basketteuse professionnelle. J’ai joué en Nationale 3. Mais j’ai détesté l’esprit individualiste que j’ai découvert en grimpant vers le haut niveau. J’ai préféré rester dans des clubs régionaux, où le collectif prime. C’est cette culture que j’ai dupliquée au sein de l’entreprise. Dans une entreprise, personne ne doit être indispensable pour qu’elle tourne. En cas de retournement du marché, d’une absence, l’entreprise doit continuer à tourner, y compris quand je ne suis pas là. L’important, c’est l’entraide. Et on doit s’amuser. Si on ne prend plus de plaisir à travailler, c’est qu’il faut changer. De mon côté, je dois aider mon équipe à grandir. Je n’ai quasiment pas de turn-over dans son équipe, ce qui est un indicateur de bien-être et, bien entendu, une satisfaction.

Comment expliquez-vous que vous ayez une croissance positive, alors que le secteur du bâtiment souffre ?

Justement parce qu’on est utiles. Quand le marché est tendu, nos clients ont encore plus besoin d’infos fiables pour décrocher des chantiers. Et ils savent que notre outil est précis, ciblé, accompagné. Ils doivent mettre toutes les chances de leur côté pour décrocher des clients. On ne fait pas de reconduction tacite de nos contrats après un an, on suit chaque client, on les forme, on les relance, et ils décident s’ils veulent continuer de travailler avec nous. Ils peuvent nous appeler pour une piqûre de rappel sur l’utilisation de l’outil. Cet accompagnement humain fait la différence. On a parfois l’impression de faire partie de leur équipe.

Quel conseil en priorité donneriez-vous à un créateur d’entreprise ?

Il faut poser des fondations solides. Il faut chercher la rentabilité rapidement. Ne pas courir après un gros chiffre d’affaires ou des levées de fonds sans modèle économique rentable à court terme. Sinon, vous vous essoufflez, et vous perdez votre indépendance en cherchant des fonds ici et là. Une bonne entreprise, c’est aussi une entreprise qui peut faire face aux aléas. Le Covid, la crise du bâtiment, la guerre en Ukraine… Tout peut arriver. Si les fondations sont solides, on s’adapte. C’est en tout cas un autre message important pour moi : ne pas figer son développement par peur que quelque chose arrive, mais avancer et se dire que l’on sera capable de s’adapter quoi qu’il arrive.

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