Interrogées fin 2008 par les analystes de la Banque de France les entreprises haut-normandes avaient probablement sous-estimé la dureté de la crise. La baisse d'activité fut brutale en 2009 (-13% en moyenne), mais aujourd'hui le ciel semble s'éclaircir. Cette fois-ci, «les résultats vont au-delà des prévisions», avance même Christian Jacques Berret, le directeur
régional de la Banque de France. La reprise est là, mais une reprise prudente qui laisse s'éloigner le spectre d'une rechute cyclique, même si les craintes sur l'emploi sont loin de se dissiper: «l'emploi n'a pas fini de se dégrader, explique le directeur régional, mais cette dégradation est désormais plus lente».
Les matières 1eres gonflent les factures
Dans l'industrie, secteur clé de l'activité régionale, le redressement des performances est notable en 2010: +5,9% contre 2,5% anticipés un an plus tôt par les chefs d'entreprises interrogés. Après une année en berne, les exportations ont bondi de 13% et les investissements de 10%. Dans le détail, si la pharmacie et la métallurgie souffrent encore, la chimie, l'industrie plastique et le caoutchouc tirent mieux leur épingle du jeu grâce notamment à un «effet prix» lié aux matières premières, qui gonfle les montants facturés. Faut-il y voir pour 2011 des raisons d'espérer? À la question les entreprises répondent, là encore, par la prudence: +1,5% pour les chiffres d'affaires, -3,2% pour les exportations... Seuls les investissements émergent réellement avec des prévisions de progression proches de la barre des 40% (contre un recul de -36% en 2009), en partie tirés par les grands projets d'infrastructures régionaux. Dans le secteur de la construction, la crise est toujours là, alimentée par «le tassement de l'activité chez les majors du secteur», explique Michel Duzanski, le responsable de l'étude. Un recul qui atteint -10% dans le gros oeuvre qui espère pourtant une reprise cette année. «Mais les marges restent tirées et les chefs d'entreprises ne sont que 20% à envisager une hausse de leur rentabilité en 2011». Côté services aux entreprises, après un recul de -5,4% en 2009, l'activité s'est redressée en 2010 (+3,6%) mais avec des contrastes importants suivant les métiers. La progression est toujours à l'ordre du jour pour 2011, mais à un rythme moitié moins élevé si l'on en croit les pronostics des entreprises concernées.
G.D.
Conjoncture Après une année 2010 meilleure que prévue dans les principaux secteurs d'activités, 2011 s'annonce comme un cru plus modeste.