Le moteur chinois fait des vagues en Normandie. La CGT de l’usine Ampere Renault (2 700 salariés), située à Cléon (Seine-Maritime), a réagi à l’annonce, par la direction de l’usine lors d’un CSE le 28 janvier, de l’assemblage d’un moteur électrique chinois.
"Ce moteur d’origine Shangaï E-drive équiperait l’entrée de gamme des véhicules du groupe Renault (Renault, Dacia et Mitsubishi)", indique un communiqué du syndicat.
Le planning de fabrication prévisionnel démarrerait au printemps 2027, avec une capacité de production "maximum de 120 000 moteurs par an", "répartie sur 5 équipes au maximum", et chaque équipe "sera composée de 28 personnes", poursuit la CGT.
Un concurrent au moteur maison, craint la CGT
Ce que redoute le syndicat, c’est tout d’abord que la mobilisation de 140 employés pour les besoins de cette ligne d’assemblage se fasse au détriment d’autres activités de l’usine de Cléon, puisque "la direction n’a annoncé aucune embauche pour ce nouveau projet". Mais aussi, que ce moteur chinois, qui ne fera l’objet d’aucune opération de coulage et d’usinage "maison" puisqu’il n’est question que de l’assembler à Cléon, puisse se substituer au moteur 6AK, lequel est "entièrement fabriqué sur le site de Cléon. Il est coulé à la fonderie, il est usiné dans les ateliers d’usinage de l’usine. Le 6AK emploie beaucoup plus de salariés que sur le futur moteur chinois", indique la CGT Renault Ampere Cléon.
Le moteur chinois à moitié prix
Le syndicat estime toutefois avoir limité la casse puisqu’il était question initialement en 2025 d’importer le moteur chinois clé en main, sans même l’assembler à Cléon. "Des documents officiels Renault confirmaient, en 2025, l’achat un peu plus de 30 000 moteurs à Shangaï E-drive pour les sites de Douai et de Maubeuge pour l’assemblage de la R5 et de la 4L", précise l’un des syndicalistes CGT du site Ampere Renault de Cléon. L’activisme médiatique du syndicat dénonçant l’achat de ce moteur a permis d’obtenir l’activité assemblage de ce moteur chinois à Cléon - la seule usine du groupe Renault à fabriquer des moteurs électriques - au lieu d’assister à sa seule livraison.
Sans doute la différence de prix y est-elle pour beaucoup, le moteur chinois coûtant à la marque au losange environ 1 500 euros de moins que la version de Cléon, soit 50 % de moins environ, selon la CGT de l’usine Cléon.
La direction évoque seulement un projet
La direction estime que ce projet de production d’un nouveau moteur électrique au printemps 2027 vise à accompagner ses ambitions de développement de la croissance du marché européen.
À ce stade, la direction parle prudemment de projet car "il reste des points de discussion avec le fournisseur chinois". Concernant les craintes de la CGT de voir des emplois supprimés par la substitution du moteur chinois au moteur 6AK nécessitant, lui, plus de main-d’œuvre que le seul assemblage de son homologue chinois, la direction répond que "dans une logique de reconversion des collaborateurs, dès qu’une nouvelle technologie l’exige, le campus de formation permettra de basculer à des effectifs qui travaillaient auparavant sur des moteurs thermiques de basculer sur ce nouveau périmètre".
La CGT rétorque que "les lignes qui s’arrêtent aujourd’hui, ce sont des lignes d’usinage et non d’assemblage. Et ces métiers très différents ne répondent pas du tout aux mêmes rémunérations, ni aux mêmes classifications dans la nouvelle convention collective de 2023 de la Métallurgie. C’est sans doute l’annonce de dévalorisations salariales pour les salariés".