Qu'est-ce qu'un commissaire à la réindustrialisation exactement?
Ma mission est d'anticiper pour éviter les restructurations, les accompagner quand elles sont inévitables, et revitaliser les entreprises, grâce à la convention pour les entreprises de plus de 1.000 salariés. Celles-ci doivent s'engager pour atténuer l'effet de leur restructuration ou encore grâce au fonds de 150millions d'euros pour les territoires sans convention.
Et concrètement?
Il s'agit surtout de vaincre la réticence des chefs d'entreprise à communiquer sur leurs difficultés. C'est un travail en collaboration avec différents partenaires: le tribunal de commerce, la CCI, la direction du travail, etc.
N'y a-t-il pas doublon avec les services de l'État et des collectivités en charge de l'économie?
J'ai un rôle de coordination entre ces différentes structures: Sgar (secrétariat général pour les affaires régionales), médiation du crédit, Codefi, la future Direccte (Direction régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l'Emploi). J'épaule les préfets, qui eux, ont aussi le quotidien à gérer. Je suis aux côtés des collectivités locales pour intervenir sur les dossiers et mettre en oeuvre tous les outils qui sont à notre disposition pour aider les entreprises, et ils sont nombreux. Mais sous-utilisés.
Vous êtes en place depuis début juin, quels sont les secteurs les plus touchés en Bretagne?
L'automobile, bien sûr. Le bâtiment est aussi touché, avec un effet retard. Le secteur de l'électronique, télécoms. Il est déjà en mutation depuis une dizaine d'années, avec Alcatel-Lucent. Même si le dossier n'est pas local. Les donneurs d'ordres sont internationaux. C'est aussi mon rôle que de défendre les dossiers bretons au niveau national. Je suis en lien avec mes collègues commissaires des autres régions et des ministères concernés. L'agroalimentaire, qui soutient la région économiquement semble mieux s'en sortir. Mais des restructurations sont tout de même en cours: Unicopa, Entremont...
Et au niveau géographique?
Les secteurs du bassin de Rennes, Morlaix, Saint-Brieuc ont toute mon attention. Également le pays de Redon qui dépasse les limites de l'Ille-et-Vilaine. Je travaille
en collaboration avec les préfets et sous-préfets, y compris en Loire-Atlantique.
Des dossiers plus délicats que d'autres?
SBFM. Il ne faut pas perdre de tel équipement. Une fonderie, ça ne s'installe pas comme cela. Si elle disparaît, il y a peu de chance que d'autres reviennent. Je retrouve aussi Faurecia à Redon et Saint-Nicolas-de-Redon. J'étais auparavant sous-préfet à Étampes où j'ai eu l'occasion de traiter ce dossier.
Quels sont vos objectifs?
Le maintien de l'activité et de l'emploi est une priorité. Éviter de se retrouver avec des friches industrielles. En temps de crise, il faut penser à l'avenir. Mais le plus important, c'est quand même de tenir.
Jacques Garau a été nommé commissaire à la réindustrialisation en Bretagne le 8juin dernier. Un poste créé par l'État pour faire face à la crise dans dix régions de France.