Pourquoi CellProthera rachète-t-il les droits du cathéter transendocardique maintenant, à la veille de la phase 3 ?
Nous n’achetons pas un simple cathéter, mais l’ensemble des droits de propriété intellectuelle et de la documentation technique associée. Cette technologie permet une injection transendocardique multipoint : concrètement, les cellules souches sont injectées en plusieurs micro-points du muscle cardiaque, et non en un seul site.
Dans une thérapie cellulaire, la précision d’administration conditionne directement l’efficacité. Si les cellules sont mal réparties, le bénéfice clinique diminue. Pour notre essai de phase 3, disposer d’un outil parfaitement adapté et maîtrisé était indispensable.
Vous engagez jusqu’à 5 millions d’euros pour cette acquisition, assortis de royalties. Quel risque économique auriez-vous pris sans ce rachat ?
Le premier risque était la dépendance. Si nous avions conservé une licence, une partie de la valeur aurait été captée par un tiers via des redevances ou des conditions contractuelles contraignantes.
Sur un marché mondial estimé autour de 20 milliards d’euros, cela peut représenter, à terme, des centaines de millions d’euros de valeur non maîtrisée.
Le second risque concernait notre position dans les négociations. Face à des investisseurs ou à un partenaire industriel, ne pas contrôler un maillon aussi stratégique fragilise la valorisation.
Que représente cet investissement dans l’économie globale du programme ?
Le montant peut atteindre 5 millions d’euros. Cela représente environ 3 à 5 % de l’effort financier global lié au lancement de la phase 3.
Nous n’avons pas raisonné en taux de rentabilité interne. C’était un investissement structurant. Sans cette acquisition, la viabilité industrielle du programme aurait été affaiblie.
Peut-on parler d’un tournant dans votre modèle économique ?
Plutôt d’une consolidation. Créée en 2008 et opérationnelle depuis 2009, CellProthera est issue de travaux académiques sur les cellules souches hématologiques. Depuis 2016, nous produisons nos cellules souches, issues du sang du patient, selon les normes européennes des médicaments de thérapie innovante (MTI).
Avec une vingtaine de collaborateurs à Mulhouse, nous franchissons aujourd’hui une étape supplémentaire : transformer une dépendance technologique en actif stratégique. L’objectif est clair : sécuriser notre chaîne de valeur avant la phase décisive et préparer, au-delà de la science, la dimension économique de la cardiologie régénérative.
Où en est le programme clinique ?
Nous ciblons l’insuffisance cardiaque après infarctus sévère. L’idée est de régénérer une partie du muscle cardiaque endommagé en injectant les cellules souches du patient directement dans les zones affaiblies.
En phase 2, nous avons observé des signaux d’amélioration de la fonction cardiaque et un profil de sécurité satisfaisant. La phase 3 devra confirmer, à plus grande échelle, l’impact clinique sur l’insuffisance cardiaque post-infarctus.
Comment envisagez-vous l’industrialisation ?
La fabrication du dispositif médical restera sous-traitée à des partenaires spécialisés. En revanche, la technologie nous appartient désormais.
Côté production cellulaire, nous avons développé un automate propriétaire permettant d’amplifier les cellules de façon standardisée. Il pourra encore être amélioré. La priorité reste la réussite de la phase 3, avant toute montée en puissance industrielle.
Quelle est la concurrence ?
Deux à trois acteurs dans le monde sont à un stade comparable de développement en thérapie cellulaire cardiaque. Nous estimons être parmi les plus avancés, notamment grâce à l’intégration complète de notre technologie d’administration.
Envisagez-vous de rester indépendant ?
Cela dépendra du financement et des opportunités stratégiques. Nous ne sommes ni fermés ni engagés dans un scénario précis.
Mais le fait de détenir désormais l’intégralité des droits sur la technologie d’injection nous place en position de force : nous pouvons discuter d’égal à égal avec de futurs partenaires, sans dépendance technologique critique.