Créée il y a 20 ans (2005), So Bio — Bio C’Bon nourrit de grandes ambitions et a l’appétit vorace. "Notre priorité, c’est de nous emparer de la croissance, à la fois par nos magasins, mais aussi par de la croissance externe", résume florence Gomez, la directrice générale. Habituée des rachats de boutiques indépendantes dans un marché du bio fragmenté, l’enseigne girondine (son siège est à Canéjan dans l’agglomération bordelaise) a bouclé début octobre 2025 sa plus grosse opération en reprenant le clermontois Le Grand Panier Bio (25 M€ de CA en 2023). Elle a ainsi augmenté son parc de magasins de 20 %, engloutissant 15 adresses d’un coup qui s’ajoutent aux 70 magasins de So Bio et 60 de Bio C’bon. L’entreprise est désormais présente partout en France à l’exception de la Normandie et de la Corse.
S’imposer sur un marché polarisé
So Bio cherche à s’imposer dans un secteur fortement polarisé : "Biocoop représente 48 %, La Vie Claire et Naturalia 8 % chacun. Le reste, soit environ 40 % du marché, est partagé entre des acteurs avec chacun des parts inférieures à 5 %" estime Florence Gomez. Avec Le Grand Panier Bio — "qui était une des grandes des petites enseignes" — So Bio -Bio C’Bon se hisse sur au 4e rang des enseignes de distribution bio nationales, rassemblant 5,6 % des parts de marché. Mais elle n’est pas rassasiée, et fonctionne à l’opportunité. "Nous regardons tous les projets, même si les petites surfaces semblent moins pertinentes à partir du moment où elles ne permettent pas de déployer l’offre complète de So Bio — Bio C’Bon et qui fonctionnent beaucoup avec des compléments alimentaires", prévient la directrice qui souhaite conserver dans tous les cas des rayons non alimentaires. Les formats vont de 100 m2 (à Neuilly-sur-Seine) à 800 mètres carrés.
"Notre principal défi est de ne pas nous reposer sur nos lauriers. Le marché du bio a connu une forte volatilité, il nous faut conserver une forme de vigilance."
À ce jeu de la croissance externe, So Bio — Bio C’Bon a un atout indéniable : son actionnaire de choix, le groupe Carrefour, dont l’entreprise est une filiale depuis 2019. "Carrefour croit beaucoup en la croissance du bio, c’est ce qui nous permet aujourd’hui de continuer à consolider le marché."
Accélérer sur la franchise, sans plateforme logistique
Pour son déploiement, So Bio compte davantage s’appuyer sur les franchises. L’enseigne comptait une vingtaine de magasins sur ce modèle en 2025, avec Le Grand Panier Bio la part explose pour représenter 40 % des adresses. "On a pris le Grand Panier Bio notamment pour apporter cette brique et parce que les modèles de franchise étaient assez proches, sans plateforme logistique, sans entrepôt, mais avec des fournisseurs en direct. On se distingue en cela des plus gros franchiseurs du bio. Cela offre davantage de liberté et d’indépendance aux chefs d’entreprise qui n’ont pas à s’engager sur un quota de marque propre."
Un nouveau concept expérimenté à Biganos
En parallèle, à partir de février 2026, So Bio entame une vaste modernisation. "C’est un projet de grande envergure pour toute l’entreprise", commente Florence Gomez. Outre le rajeunissement du logo qui n’avait pas changé depuis 2005 et qui a été la première étape, l’essentiel de la réflexion porte sur le circuit client à l’intérieur des magasins. Biganos (Gironde) est le premier à tester la nouvelle formule, qui sera ensuite déployée dans trois à cinq autres adresses durant l’année, avant d’être étendue à l’ensemble du réseau.
"Le concept était resté figé dans l’esprit des fondateurs de 2005. Le contexte était très différent à l’époque. Le choix avait été fait de placer les fruits et légumes à l’arrière et d’entrer par les gondoles d’épicerie. Notre principal geste est d’inverser le plan pour valoriser le frais. Ce sont aujourd’hui les produits par lesquels on attire les clients et on les fait revenir." Place donc d’abord aux fruits et légumes, découpe, traiteur, surgelés, puis au vrac, à l’épicerie et à la cave.
Agilité de l’offre pour suivre les habitudes des consommateurs
Le rayon cosmétique, également mis en avant à l’époque, bascule à l’arrière. L’enseigne annonce aussi pour 2026 des offres davantage tournées vers les familles, avec plus de surgelés, de prédécoupé, "qui correspondent aux besoins des clients qui cuisinent un peu moins mais qui cherchent de la qualité". La catégorie des produits protéinés et nutrition sportive, en croissance, sera par ailleurs élargie, et des rayons produits du monde et sans gluten seront mis en avant.
Le principal défi pour l’entreprise "est de ne pas nous reposer sur nos lauriers. C’est toujours important de se challenger, de se remettre en question. Le marché du bio a connu une forte volatilité, il nous faut conserver une forme de vigilance." Même s’il est difficile d’avoir de la visibilité, concède la dirigeante, l’entreprise souhaite être plus agile. "Il faut à la fois être réactifs sur les changements d’habitudes des consommateurs, moduler l’offre, le programme de fidélité, et intensifier la promesse de prix ou le choix, etc. Il faut être très à l’écoute."
Davantage de e-commerce mais pas d’international
So Bio — Bio C’Bon mise aussi sur le e-commerce. "Pour nous c’est un axe important. Contrairement à certains acteurs qui pensent que les clients du bio n’en sont pas appétant, nous sommes convaincus à l’inverse qu’il y a une attente. On enregistre une très forte croissance à la fois pour les livraisons — que l’on cherche à développer via des transporteurs externes — et le drive." Pour cette dernière brique, Le Grand Panier Bio apportera son expérience, lui qui a déjà un service de drive opérationnel.
En revanche, So Bio ne court pas après une expansion à l’international. Si l’enseigne a mis un pied en Suisse en juin 2024 — via une coopérative agricole franchisée à Genève -, elle annonce se concentrer sur le marché français.
Un marché du bio au beau fixe
Après une croissance à deux chiffres pendant les années Covid en 2020-2021, le marché du bio a connu un coup d’arrêt en 2022-2023. "La crise de l’hyperinflation a freiné les consommateurs", analyse Florence Gomez. Selon la dirigeante, la reprise constatée depuis montre que les consommateurs étaient bien contraints de se détourner du bio et que, la crise passée, ils y reviennent volontiers. "Depuis 2024, le secteur progresse de 6 %, ce qui est une prouesse par rapport à la tendance de consommation actuelle. Pour So Bio, c’est encore davantage, nous sommes au-dessus de la tendance."
Florence Gomez attribue cet élan à "une attention particulière au caractère sain et sûr des produits consommés, notamment au regard des polémiques sur les résidus de pesticides, le cadmium sur le chocolat ou le café, l’hexane issu des produits pétroliers dans les huiles. Cela se traduit aussi par un attrait pour plus de végétaux, et ce sans même parler du bio et y compris dans la grande distribution."
Deux profils de clientèle
Le marché du bio est donc aujourd’hui "au beau fixe", avec deux grands profils de clientèle : le premier, majoritaire, entre 30-60 ans, plutôt familial, CSP ou CSP +, davantage féminin, "avec un point de bascule vers le bio à la naissance du premier enfant", détaille Florence Gomez. Le second profil, minoritaire mais plus consommateur, rassemble des clients de plus de 60 ans en quête de diététique, avides de moins de matières grasses, moins de sucre.
En termes de territoire, le bio n’est plus l’apanage des grandes villes. So Bio -bio C’Bon s’attache d’ailleurs à couvrir toutes les typologies de magasins. Les So Bio sont davantage déployés dans les zones commerciales périurbaines, aux abords des petites et moyennes communes, avec une clientèle plus rurale. Bio C’Bon, petit magasin de centre-ville, est à 80 % à Paris. "Cela nous permet de toucher toute la clientèle."