La Bretagne peut être heureuse. Après sept ans de "délocalisation" dans la région d'Angoulême, Quéré revient dans son berceau. Le spécialiste des mailles et fils métalliques a été repris par deux associés: Bertrand Pinet et Romuald Giraudineau. Deux hommes qui ont bien conscience du challenge qui les attend au regard des grandes difficultés rencontrées par la PME ces dix dernières années. Quéré, c'est une de ces entreprises familiales bretonnes qui ont fait leur succès sur des marchés de niche. Créée en 1892 à Rosporden, dans le Finistère, la société était à l'origine spécialisée dans la fabrication de paniers à crabe, casiers à homards et hameçons. Puis, compte tenu de la géologie locale, dans les crochets d'ardoise. C'est dans les années 1960 que la famille Quéré a ouvert son plus gros atelier à Rennes. Avant de rapatrier, en 1986, l'ensemble des activités à Vern-sur-Seiche, puis de céder la société à Lippi. Un autre groupe familial, près d'Angoulême, spécialisé dans les clôtures.
Effectif passé de 100 à 7
«Quand Lippi a racheté en 2001, Quéré développait une activité clôture mais aussi d'autres produits, comme le crochet, explique Bertrand Pinet. Mais Lippi les jugeait non stratégiques. Ce qui les intéressait surtout ici, c'était la plate-forme logistique pour le grand ouest.» En 2005, le groupe charentais rapatrie donc à Angoulême certaines activités et ne reconduit pas le poste d'un commercial qui devait quitter l'entreprise. Résultat, «on n'a pas développé nos marchés ces dernières années», commente Romuald Giraudineau, qui officiait jusqu'alors comme responsable du site rennais. La conséquence est terrible. En 2011, Lippi décide de fermer son site breton. L'entreprise emploie alors 20 salariés, contre 40 en 2011 et une centaine dans les années 80. Une décision que n'accepte pas Romuald Giraudineau. «Quand ils ont annoncé leur décision en CE, je me suis porté volontaire pour reprendre le site.» Un véritable coup de poker, le cadre n'ayant pas la surface financière pour la racheter seul. «Lippi m'a laissé un an pour trouver une solution.» En attendant, le groupe n'a pas d'autres choix que de réduire encore la voilure. «De 20 salariés, on est passé à 7. Ce qui nous a permis de maintenir l'activité.» De contacts en contacts, le chemin de Romuald Giraudineau finit par croiser celui de Bertrand Pinet. Ce géologue de formation passé par l'institut français du pétrole, est depuis plusieurs années tourné vers la finance et les affaires. Et par un cabinet de fusion-acquisition parisien (Aforge), il apprend que Quéré cherche un repreneur.
Des toitures aux canards
«J'ai tout de suite été séduit par le potentiel de développement de l'entreprise», raconte Bertrand Pinet, qui a tout financé sur fonds propres, les banques n'ayant pas voulu le suivre. Désormais actionnaire à 90% de Quéré, ce dernier a toutefois absolument voulu associer Romuald Giraudineau (10%). «En trois semaines on a monté une proposition, et le rachat a été officialisé le 8novembre.» Avec quelques difficultés à la clé (lire encadré). Maintenant, les deux associés veulent se tourner vers l'avenir. En arrêtant de fabriquer des crochets pour toitures, qui représentaient 50% de l'activité, ils comptent tout de même réaliser en 2013 un chiffre d'affaires similaire à 2012 (1,4M€). Leur nouveau positionnement: les caillebotis pour canards. C'est-à-dire du grillage ondulé en fil métallique galvanisé pour sols, dans les bâtiments d'élevage. «Cela représentera les deux tiers de notre activité avec une croissance très forte compte tenu des nouvelles normes sanitaires imposées par l'Europe pour le canard de chair», explique Bertrand Pinet. Une production très présente dans les Pays de la Loire. Et si Quéré vise dans un premier temps le canard, elle compte aussi séduire demain d'autres types d'élevage, comme les lapins.
Levée de fonds
Autres marchés cibles pour la société: la protection des machines, les cages d'ascenseurs ou encore le grillage ondulé pour la décoration. «On développe une activité de maille inox qui plaît beaucoup aux architectes et designers. On est les seuls à faire ça en France. J'espère que cela fera 50% de notre chiffre d'affaires dans les deux ou trois ans», confie Bertrand Pinet. Un président qui prévoit de lever des fonds en 2013 auprès d'investisseurs «pour accélérer l'effort commercial.On prévoit de recruter.»
Quéré
(Vern-sur-Seiche) Président: Bertrand Pinet Effectif: 9 CA 2012: 1,4M€ 02 99 00 44 00 www.quere-metal.fr





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