Le gel hydroalcoolique? Il y a un an, rares étaient ceux à connaître son existence. Aujourd'hui, c'est ceux qui n'en ont pas dans le sac à main ou sur le bureau qui deviennent minoritaires.
Organisme multiple
Une société azuréenne a contribué à la prolifération de ces produits: Proven Orapi. En 2009, l'entreprise basée à Villeneuve-Loubet a multiplié la production de son désinfectant, commercialisé sous la marque Wyritol, par vingt-cinq pour répondre à la demande. La société dirigée par Christophe Jacquart, 40 ans, conçoit, fabrique et distribue des solutions et des produits innovants d'entretien, d'hygiène et de désinfection. Née de la fusion de plusieurs structures, elle regroupe des entités spécialisées dans des domaines allant des insecticides aux détergents. En tout, la société distribue plus de 1 500 références; 70% de marques propres et 30 de produits redistribués. «Nous avons réussi à créer une entreprise à partir de plusieurs entités, ce qui fait que nous avons une offre quasi unique, apprécie le DG, et l'accident de parcours a refédéré l'équipe».
Remède miracle
L'accident de parcours, c'est le dépôt de bilan de Proven, en août2008. «La société était saine, tant en terme de CA que d'activités, se souvient le quadragénaire, mais elle portait des dettes trop importantes liées à un LBO (leveraged buy-out ou financement d'acquisition par emprunt, ndrl).» Christophe Jacquart propose alors un dossier de reprise au tribunal de commerce avec le groupe Orapi, basé dans l'Ain. «Il fallait revenir à une logique industrielle et non plus capitalistique, c'était une question de bon sens», justifie le dirigeant. Le groupe international fait l'acquisition de l'azuréen en 2008, ce qui lui donne accès au portefeuille de marques distribuées par Proven: Saint Marc, Harpic, Calgonit, Jex... Côte effectif, si l'équipe sort «refédérée» de cette épreuve, elle est aussi sérieusement allégée. En 2008, Orapi a repris 85 personnes sur les 115 travaillant chez Proven, soit 75% des effectifs.
Poussée de fièvre côté demande
Même à effectif réduit, et du haut de ses 36,9 M€ de CA 2009, le rejeton azuréen représente plus de 30% des 113,4M€ de CA du groupe dirigé par Guy Chifflot. L'un des ingrédients de la bonne santé de Proven Orapi, c'est l'épidémie de grippe A et la razzia sur les gels hydroalcooliques qu'elle a engendrée. L'explosion de la demande a amené l'entreprise à multiplier sa production, passant de 10.000 à 250.000 litres. Face à une pénurie de flacons, Proven Orapi a même dû développer son propre modèle de bouteille de 100 millilitres. Mais si ce phénomène semble avoir une ampleur considérable, il n'a apporté qu'une «croissance supplémentaire», fondue dans les multiples activités du défenseur d'un «environnement propre et sain».
Effets secondaires
Les retombées de l'épidémie ne tarderont pas à se faire sentir chez Proven Orapi. En moins d'un an, la notoriété de Wyritol est montée en flèche. Une reconnaissance des consommateurs, Christophe Jacquart estime que ses produits à la croix verte en ont touché plus d'un million, et des professionnels. L'entreprise a en effet prouvé qu'elle était capable de gérer une augmentation de production fulgurante. Proven va maintenant investir en R& D pour chercher la croissance du côté de l'innovation et commercialiser de nouveaux produits sous l'étiquette nouvellement fameuse de Wyritol. Autre projet dans les tiroirs villeneuvois: l'international. L'export représente aujourd'hui 8% du CA de Proven Orapi. Objectif à 3 ans: atteindre les 10 à 15%.