« Tant que notre activité consistait à importer d'Asie des produits d'équipements électriques basiques et à les revendre à des acteurs de la grande distribution, la propriété intellectuelle n'était pas un problème », raconte Florent Fochesata, directeur commercial du groupe HBF. « La situation est devenue plus complexe le jour où, pour répondre aux évolutions de la demande sur le marché français, nous avons décidé d'apporter des modifications à des produits ou de développer nos propres innovations. Entre six mois et un an après avoir lancé un nouvel équipement, nous en trouvions fréquemment une pâle copie sur le marché français ou européen. Jamais exactement la même mais avec de très troublantes similitudes... Et le pire, c'est que bien souvent, elle était fabriquée par une usine chinoise avec qui nous coopérions ou avions coopéré par le passé ! Vers 2004, nous avons donc commencé à faire des dépôts de dessins et modèles en France, auprès de l'Inpi (Institut national de la propriété industrielle). Nous avertissions aussi nos clients de ces démarches entreprises et des tracas qu'indirectement ils pourraient avoir si nous décidions d'attaquer ceux qui leur fournissaient ces copies. Bien sûr, nous n'avions pas les moyens d'aller devant la justice mais ce discours suffisait parfois à arranger la situation. En 2006, nous avons créé une filiale à Ningbo, près de Shanghai, qui, en 2013, a évolué vers une joint-venture à 49 % avec l'entreprise chinoise Vinon. Le nombre d'innovations lancées a continué d'augmenter et avec lui celui des copies... »
La nécessité de déposer aussi en Chine
« En 2009, je suis parti m'installer là-bas, avec pour objectifs principaux de structurer la filiale et développer l'export depuis la Chine vers de nouvelles zones comme l'Allemagne, les pays nordiques, l'Europe centrale ou l'Afrique. J'y ai fait la connaissance de Mathieu Bringer, un expert en propriété intellectuelle (cf interview ci-contre), qui m'a expliqué que la propriété intellectuelle s'était renforcée en Chine et que nous avions tout intérêt à protéger aussi nos innovations sur place et non plus seulement en France ou en Europe. L'année suivante, nous avons donc effectué de premiers dépôts de dessins et modèles en Chine. Sur ses conseils, nous sommes aussi allés voir les industriels qui nous copiaient pour ensuite les mettre en demeure, avec pour conséquence de ralentir voire stopper leurs projets en trouvant un accord à l'amiable. En parallèle, nous avons continué à structurer notre département qualité, veille réglementaire et propriété intellectuelle, basé à Auterive, ce qui nous a aussi permis de faire de la veille sur nos concurrents et d'éviter de lancer un produit qu'en toute bonne foi nous pensions innovant, alors qu'il avait déjà été déposé par l'un des leaders historiques du secteur. »
Un coût de 20.000 € par an
« Cette stratégie de protection et de veille nous sécurise mais c'est vrai qu'elle est relativement complexe et coûteuse pour une entreprise comme la nôtre : environ 20.000 € sont dépensés chaque année pour des dossiers de propriété intellectuelle (marques, enveloppes Soleau, dessins et modèles). Entre nos trois marques Otio, Elexity et Inotech, ce sont entre 10 et 20 idées qui émergent chaque mois et la tentation est grande de les mettre rapidement sur le marché pour garder une longueur d'avance. La force d'une PME, c'est sa réactivité mais à vouloir aller trop vite, on peut se fragiliser. »
Forum des PME France-Chine, 15e Foire Internationale de la Chine de l'Ouest : en cette fin d'année, tout incite les PME à faire des affaires avec l'Empire du Milieu. Mais sont-elles bien armées pour s'aventurer au pays de la contrefaçon ? Travaillant depuis 10 ans avec la Chine, HBF, spécialiste des équipements électriques, témoigne de son expérience.