Du mois de juin à la fin octobre, il n’est pas rare qu’Alain Lacour enchaîne deux journées de travail. Avant de prendre sa fonction de patron de l’entreprise de menuiserie et couverture Réveillé, qui emploie une quinzaine de personnes à Cantenay-Épinard, il décolle au-dessus de Trélazé, de l’autre côté de la ville, pour un vol d’une bonne heure au gré du vent. Aérostier depuis plus de vingt ans, celui qui est également président de la Capeb des Pays de la Loire effectue 55 à 70 vols en montgolfière chaque année.
De 3 à 32 salariés
La passion est venue par hasard : au mitan des années 2000, Alain Lacour se voit offrir un baptême en montgolfière. " J’ai trouvé ça sympa, témoigne-t-il. Quelque temps plus tard, pour célébrer l’ouverture d’un atelier d’agencement dans l’entreprise, complémentaire à celui de menuiserie, j’ai créé un événement lors duquel les 16 salariés ont pu faire eux aussi leur baptême. Je me suis pris de passion, suis allé apprendre à piloter à Annonay, en Ardèche, la ville des frères Montgolfier, puis j’ai acheté mon premier ballon."
L’entreprise qu’il dirigeait alors, Atelier Lacour à Trélazé, spécialisée dans la menuiserie et l’agencement, a participé à Angers au chantier du théâtre Le Quai, à celui de la rénovation du centre des Congrès ou encore de l’Ice Park, la nouvelle patinoire érigée sur les bords de la Maine. " Je l’ai créée en 1999 avec trois ouvriers et un apprenti en reprenant à la barre du tribunal une entreprise de menuiserie, raconte Alain Lacour. Elle a grandi au fil du temps et nous avons atteint jusqu’à 5,8 millions de chiffre d’affaires. Je l’ai cédée en octobre 2025 avec 32 salariés."
Quatre montgolfières et un dirigeable
Entre-temps, Atelier Lacour aura formé 86 apprentis en 26 ans. Une démarche chère à son ancien dirigeant, issu de l’exigeante formation des Compagnons, que le petit-fils de menuisier originaire de la Nièvre a épousée à 16 ans : Saint-Girons en Ariège, Toulouse, la Belgique, Angers, où il reviendra poser ses valises après son tour de France, ont constitué quelques-unes des étapes de son long apprentissage du métier. "J’ai conservé de mon parcours chez les Compagnons un fort attachement pour la transmission du savoir-faire", explique Alain Lacour. Un goût de transmettre qu’il assouvit aussi en partageant avec ses passagers sa passion d’aérostier. Avec une autre entreprise, Aérobulle, lancée il y a une quinzaine d’années, et en transmettant aussi sa passion, sa compagne et son fils étant également pilotes. "Nous avons 4 montgolfières de trois à six places, en plus du pilote, et un dirigeable, qui est un ballon équipé d’une hélice avec un moteur électrique, précise Alain Lacour, permettant d’emmener un seul passager. Je fais également partie d’une association, Audace Handi Évasion, pour permettre de faire voler des personnes en situation de handicap."
Partager une passion
Alain Lacour a choisi de voler essentiellement le matin. C’est en effet à l’aube ou en fin de journée que la chaleur de l’air et une meilleure stabilité thermique assurent au vol des montgolfières des vents plus légers et moins de turbulences atmosphériques. Sur un terrain dédié à son activité, à Trélazé, il accueille en juin les passagers dès 5 heures 30. Après une heure de préparation et de briefing, la montgolfière s’envole, pour un parcours dans les airs d’une heure environ, au gré des vents. "Le ballon est quelque chose de merveilleux, explique-t-il. C’est le seul véhicule qu’on ne peut pas diriger et il faut donc s’adapter en permanence. Il faut maîtriser les ventes, les notions d’altitude, c’est quelque chose de très tactile, avec beaucoup de choses que l’on perçoit et que l’on ressent avec l’expérience. On prend de la hauteur sur les choses, ce qui est bon pour la tête d’un dirigeant." Avec des paysages somptueux : Alain Lacour dit ne pas se lasser de ses survols au petit matin de la Loire, de la ville d’Angers, des vignobles ou de la campagne angevine. Il savoure aussi les paysages de sa Bourgogne natale, où il part voler chaque mois d’août. Outre cette joie personnelle, la transmission n’est jamais loin : "Je prends aussi beaucoup de plaisir à faire partager ma passion du ballon", confie-t-il.
6 000 adhérents
Le vol matinal terminé, Alain Lacour enfile une autre casquette, celle du dirigeant de la société de couverture et charpente Réveillé, reprise en septembre 2020 à Cantenay-Épinard. "Réveillé est une belle endormie, soutient-il avec un brin de malice. C’est une entreprise de 15 personnes avec un beau potentiel." Il y a nommé un directeur, ancien collaborateur d’Atelier Lacour. "Cela m’a aussi permis de libérer du temps lorsque j’ai pris des responsabilités à la Capeb", poursuit-il. Président régional depuis mi-2022 de cette confédération qui regroupe 6 000 adhérents en Pays de la Loire, le dirigeant angevin y a adhéré dès la création d’Atelier Lacour. "J’y retrouve des valeurs semblables à celles du compagnonnage, confie-t-il. Chaque Capeb départementale étant très autonome, j’ai un rôle de rassembleur, qui maintient un équilibre et une cohésion entre tous, avec la chance d’être très bien épaulé par les 5 présidents départementaux et l’équipe de salariés."
À 62 ans, Alain Lacour a entamé en 2025 son second mandat à la présidence de la Capeb des Pays de la Loire. Les statuts du mouvement autorisant trois mandats consécutifs, il ne sait pas s’il briguera un troisième mandat. Comme lors de ses vols en montgolfière, il se laisse pour l’heure porter par les vents.