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Pour l’ETI normande Mutual Logistics, la boussole de la croissance est pointée vers l’Europe du Sud
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Pour l’ETI normande Mutual Logistics, la boussole de la croissance est pointée vers l’Europe du Sud

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L’ETI caennaise Mutual Logistics (ML) connaît une croissance constante, avec une progression du chiffre d’affaires de l’ordre de 15 % par an, que le groupe attribue autant à son concept de logistique mutualisée, qu’à un développement externe qui voit de plus en plus dans la Botte italienne, voire la péninsule ibérique, les marchés les plus prometteurs.

Naïm Denis est le secrétaire général de Mutual Logistics en charge des finances depuis 2024 — Photo : DR

L’entreprise caennaise de logistique Mutual Logistics affiche plus qu’une bonne santé pour une structure familiale née il y a moins de 20 ans. Fondée en 2007 par Vincent Denis, dont la famille détient toujours 100 % du capital, l’ETI connaît un taux de croissance annuel moyen depuis 2007 de 15 % par an. Elle compte aujourd’hui 1 450 collaborateurs répartis sur 7 sites en France hors le siège administratif de Caen (Amiens, Paris, Le Mans, Bourg-en-Bresse, Orléans, Lyon, Bollene) et bientôt Rennes en janvier 2026. Elle propose des services de logistique, de transport et de "co-packing" (conditionnement sur-mesure) à un millier de clients -principalement issus du secteur de la grande distribution ainsi qu’à leurs fournisseurs, des industriels de l’agroalimentaire- établissant un chiffre d’affaires global 2025 à 151 millions d’euros, concrétisant une croissance de 51 % par rapport à 2024. Tout en affichant des ambitions précises, visant un chiffre d’affaires 2027-2028 à 180 millions d’euros.

Un chiffres d’affaires plus élevé en Italie qu’en France

Mutual Logistics réalise cette croissance en partie dans l’Hexagone (CA France 2025 de 71 M€), alimentée en interne par l’acquisition de plusieurs sites : 2 500 m² à Lyon (Rhône) et 30 employés dans le transport en 2013, suivi en 2015 des 31 000 m² d'Orléans (Loiret) et 180 collaborateurs sur les trois activités logistique, transport et co-packing. Mais ce développement s’appuie aussi, et majoritairement, sur une croissance externe sur le sol transalpin (7 sites en Italie totalisant 93 000 m² et 600 collaborateurs, 200 salariés en transport), dépassant le chiffre d’affaires français à 80 millions d’euros pour 2025. Et en inversant la répartition des métiers : si la logistique absorbe 70 % de l’activité française de Mutual Logistics contre 30 % pour le transport, l’Italie tire la majeure partie de ses revenus du transport (60 % du CA), les 40 % restants étant générés par la logistique.

Mutual Logistics a opté, dès sa création en 2007, pour une stratégie de logistique multi clients dans un marché français de plus en plus concentré et concurrentiel — Photo : DR

Un marché hexagonal trop concentré

Mutual Logistics a ainsi acquis, en 2024, une participation majoritaire (70 % du capital) dans le groupe Safim SPA (550 collaborateurs, 50 M€ de CA) basé à Turin et à Milan, spécialisé dans la logistique à température dirigée et le transport. Et a poursuivi sa croissance externe avec l’intégration, en février 2025, de l’entreprise Menoventi -reprise à la barre du tribunal- possédant deux entrepôts (80 collaborateurs) dédiés aux produits surgelés, implantée dans le sud de l’Italie. De plus, Mutual Logistics est propriétaire (et non locataire comme pour tous ses autres sites) de deux entrepôts à Turin (140 employés).

Si Mutual Logistics s’est tourné vers l’Italie, c’est parce que le marché y est moins concentré qu’en France.

Aujourd’hui, 10 % des prestataires de logistique gèrent 70 % de l’activité en France, exerçant une politique tarifaire très agressive. Il reste peu d’opportunités en France.

"Le marché français de la logistique est mature et de plus en plus concurrentiel, résume Naïm Denis, secrétaire général de Mutual Logistics en charge des finances. Depuis 10 à 15 ans, un grand nombre d’opérations de fusion-acquisition se sont déroulées, donnant lieu à de véritables mastodontes. Aujourd’hui, 10 % des prestataires de logistique gèrent près de 70 % de l’activité en France, exerçant une politique tarifaire très agressive. Il reste peu d’opportunités en France".

D’autres freins conjoncturels expliquent la faible attractivité du marché hexagonal. "Le manque de visibilité, déplore-t-il. Depuis un à deux ans, le marché français s’est tendu, les décisions ne se prennent pas. Après le Covid, la crise liée au conflit en Ukraine et l’explosion du coût des énergies, les différents acteurs avec lesquels nous travaillons sont extrêmement prudents dans leur prise de décision, confrontés aussi à une crise alimentaire : certains de nos clients industriels rencontrent une baisse de leurs ventes de 5 à 15 % par manque de consommation, que l’on ressent directement dans nos ventes".

L’Europe du Sud, relais de croissance

Les relais de croissance, Mutual Logistics les a trouvés en Italie, avec un marché encore atomisé. "Nous sommes impressionnés par la dynamique italienne, le business se fait plus facilement là-bas. On a des croissances de 15 à 20 % là-bas". La proximité culturelle, le marché alimentaire plus dynamique et la meilleure santé économique transalpine ont convaincu l’entreprise de se pencher sur ce marché, apportant un véritable "booster" selon les termes mêmes de Naïm Denis.

Le site de Poupry (près d’Orléans, 31 000 m², 180 collaborateurs) de Mutual Logistics, qui possède 7 sites en France, 7 sites en Italie et vise, à l’horizon 2027-2028, le marché espagnol — Photo : DR

Pour nourrir l’ambition d’un chiffre d’affaires à 180 millions d’euros à l’horizon 2027-2028, la croissance organique suffira. "On a encore ces capacités de développement, à pouvoir trouver 20 à 30 millions en France et en Italie", juge le secrétaire général. En revanche Mutual Logistics envisage aussi des investissements vers la péninsule ibérique à horizon 2028, "avec l’objectif d’être acteur sur l’Europe du Sud que représentent la France, l’Italie, l’Espagne et le Portugal, toujours sur l’alimentaire. En raison de la proximité culturelle, du dynamisme des marchés, aussi bien dans les secteurs agroalimentaires que logistiques". Décrivant des marchés encore atomisés, Naïm Denis voit dans ces pays davantage d’opportunités qu’en France de créer des réseaux entre acteurs de taille intermédiaire, principalement dans les deux marchés de l’entreposage et du transport.

La logistique mutualisée

Le défi pour Mutual Logistics est clair : il lui faut se différencier par une stratégie novatrice. Ce sera celle de la logistique mutualisée, et ce, depuis le début, au point d’en avoir adopté le nom. Il s’agit de combiner les livraisons à un même distributeur en préparant les produits d’un client de l’entrepôt avec ceux d’autres clients dans un entrepôt partagé. "La principale difficulté de ce concept de logistique mutualisée consiste à synchroniser les flux de chaque client. Mais la capacité à les regrouper sur une même livraison permet de réduire à la fois le coût à la palette et notre empreinte carbone. C’est toute la valeur de notre modèle : on a toujours fait reposer le développement de notre entreprise sur ces schémas de logistique collaborative, au point de représenter aujourd’hui 60 % de nos propositions".

Mutual Logistics parvient à synchroniser les flux de ses clients pour assurer sa stratégie de logistique mutualisée — Photo :  DR

Enfin, Mutual Logistics tient à son identité d’entreprise familiale. Outre le président-fondateur Vincent Denis et Naïm Denis, l’un de ses fils qui occupe depuis 2024 les fonctions de secrétaire général, Roman Denis est également directeur commercial PME-ETI au siège opérationnel de Lyon. "C’est une valeur ajoutée. À compétences techniques égales par rapport aux géants de la logistique, notre taille d’entreprise nous permet de cultiver la proximité, la réactivité et une qualité de relation-client", conclut Naïm Denis.

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