Le Journal des entreprises : Vous prenez la direction de La Plaine Images alors qu'un important projet de développement est déjà en cours, à savoir un doublement de taille d'ici à 2020 : quelle pierre comptez-vous apporter à l'édifice ?
Emmanuel Delamarre : Disons que la V1 est écrite et performante et qu'il va s'agir d'écrire la V2. La Plaine Images compte aujourd'hui 106 entreprises, 1.800 emplois, 33 projets en incubation, deux écoles et bientôt trois. Le site de La Plaine Images s'étend sur cinq hectares, avec 20.000 m² de bâtiments historiques, 2.000 m² construits et 18.000 autres m² qui vont sortir de terre. À l'horizon 2020, la Plaine Images aura doublé de taille et accueillera 200 entreprises, ce qui représentera plus de 3.000 emplois. L'idée est bien sûr de continuer à accompagner dans leur développement les entreprises qui sont nées ici mais aussi d'en attirer d'autres. Nous voulons faire venir sur le site des entreprises en incubation et en accélération, mais aussi des entreprises déjà établies, de toutes les tailles, afin qu'elles puissent profiter de cet environnement, de l'effet cluster.
Vous pensez avoir les moyens d'intéresser, ou même d'accueillir, de grands groupes à La Plaine Images ?
E.D : Comme je le disais, 18.000 m² vont être construits mais nous avons aussi la zone d'activité de l'Union, toute proche, avec un potentiel de m² important. Il peut s'agir de grandes entreprises, comme des studios de post production, avec lesquels des discussions sont déjà en cours, mais aussi de PME. Nous allons mettre en place dès septembre un plan pour être plus attractifs auprès de ce public. Nous avons un bel écosystème dont ils pourraient profiter, avec un studio comme Ankama dont on ne trouve pas beaucoup d'équivalent dans le monde, des politiques d'accompagnement, etc., mais il faut le faire savoir. C'est un travers typique du Nord : on fait plein de choses bien mais on ne le dit pas. Nous allons travailler avec différents acteurs économiques locaux, comme la Mel, pour changer ça. Nous voulons que la Plaine Images devienne une référence des industries créatives tant pour les grandes entreprises, que les PME ou encore les studios. Et nous avons déjà des preuves que cela fonctionne avec par exemple une jeune société parisienne comme Stormancer, spécialisée dans le jeu vidéo, qui a choisi de venir s'installer chez nous pour profiter de l'écosystème.
Existe-t-il déjà beaucoup d'interactions entre La Plaine Images et les grandes entreprises ou les PME régionales ?
E.D : Du côté des grandes entreprises, nous avons deux objectifs : qu'elles viennent s'implanter directement, ou alors qu'elles envoient chez nous une équipe de quelques personnes, constituant leur cellule innovation, pour s'immerger dans notre écosystème. Pour le moment, nous recevons déjà - et presque tous les jours - des visiteurs issus de grandes entreprises qui viennent chercher de l'énergie, de l'inspiration en matière d'innovation ou encore des partenaires. Nous avons des personnes dédiées en interne qui les accueillent pour quelques heures ou la journée. Ces entreprises voient 5 à 6 start-up grand maximum. Ce sont les grandes entreprises elles-mêmes qui nous sollicitent car nous sommes déjà présents dans leur esprit. Il faut dire qu'elles ont déjà entamé pour la plupart une réflexion autour de l'innovation, de l'intrapreneurship ou font même de l'incubation en interne. Du côté des PME, même si quelques-unes commencent à venir vers nous, c'est moins automatique, d'autant que le domaine des industries créatives peut faire peur ou paraître peu sérieux. Pourtant, l'industrie du jeu vidéo représente cette année 100 milliards de dollars de chiffre d'affaires dans le monde. C'est un marché monumental, en croissance et qui peut toucher tous les secteurs d'activité : nous avons ici des start-up qui bossent avec le monde de la santé, du retail, etc. La réalité augmentée commence aussi à bousculer pas mal de choses...
Que manque-t-il aujourd'hui aux industries créatives pour décoller ?
E.D : Du financement. Nos entreprises sont sur de l'innovation et le financement de l'innovation, ça ne va pas assez vite en France. Dans notre pays, on a peur de l'argent, on est mal à l'aise avec ça. Nous devons donner à nos entreprises l'ambition d'aller chercher plus d'argent : il y en a en France, comme à l'étranger. Même s'il aura fallu un paquet d'années pour que les investisseurs comprennent comment fonctionne le monde de la technologie... Nous avons un rôle à jouer car le fait d'être implantée ici pour une entreprise est déjà un gage de confiance pour les investisseurs. Nous comptons déjà de belles réussites comme 3D-Duo, A-Volute, Ankama, Aspic, etc.
Quels sont les facteurs de réussite pour vos entreprises ?
E.D :Je dirais d'abord le travail : c'est une exigence de tous les instants quand on crée. C'est essentiel mais il y a aussi d'autres choses comme l'écoute. Les entreprises sont nombreuses ici et il ne faut pas avoir peur de se remettre en question et d'écouter les conseils des entrepreneurs qui ont plus d'expérience.
Comment se positionne La Plaine Image sur l'échiquier européen voire mondial ?
E.D : L'international est un de nos futurs axes forts. Nous allons travailler avec Lille's Agency pour faire venir des entreprises étrangères chez nous. Nous voulons plus précisément devenir une plateforme d'atterrissage d'entreprises étrangères en Europe. Par exemple, il faudrait qu'une entreprise d'Amérique du Sud qui voudrait se déployer en Europe puisse le faire à partir de chez nous. Nous voulons devenir une référence dans ce domaine. Pour cela, il faut se faire connaître.
Pour finir, comment comptez-vous financer tous vos projets de développement ?
E.D : La Plaine Images est en majorité financée par la Mel et la Région, avec une partie de ressources en propre, constituée par exemple par de la location d'espaces, et sur laquelle nous voulons aller plus loin. Nous fonctionnons avec un budget annuel de 2 millions d'euros, que nous voulons faire grandir.