Port de Bordeaux : Arrière toute pour le Verdon

Port de Bordeaux : Arrière toute pour le Verdon

Chargé de l'exploitation et de la relance du terminal portuaire du Verdon, Europorte vient de résilier la convention signée avec le Grand Port Maritime de Bordeaux ainsi que son contrat avec la société de manutention SMPA. L'activité du terminal du Verdon reprendra-t-elle un jour ?

Les portiques et cavaliers, livrés en novembre dernier, sont désormais installés et certifiés. Un nombre suffisant de dockers et manutentionnaires a été formé au maniement de ce nouvel outillage et la question d'un groupement d'employeurs organisationnel serait à peu près réglée... Bref, aux dires des opérateurs, le terminal du Verdon, comme la base de fret de Bruges, serait désormais opérationnel. « Tout est prêt », assure ainsi Laurent Goutard, DG adjoint de SMPA (Société de Manutention Portuaire d'Aquitaine), société créée en 2015 par Pascal Reyne, en charge via un contrat avec Europorte (groupe Eurotunnel) de la sous-traitance exclusive de la manutention maritime au Verdon.




SMPA mis en cause

Après une organisation laborieuse, faite de discussions mouvementées qui se sont traduites par six mois de retard sur la date initialement prévue, le terminal du Verdon allait enfin reprendre du service. C'était sans compter sur un nouveau coup de théâtre : la résiliation par Europorte de sa convention signée avec le Grand Port Maritime de Bordeaux et de son contrat avec SMPA, estimant que cette dernière n'avait pas tenu ses engagements et réuni les conditions pour lancer le projet. Un argument contesté par SMPA. « Nous avons investi 10 millions d'euros pour équiper le terminal en portiques et cavaliers, recruté, obtenu l'accord des syndicats sur les conditions d?employabilité, organiser la formation des dockers, le site est prêt... SMPA a tenu tous ses engagements et nos tarifs n'ont pas varié », rétorque Laurent Goutard, qui ne comprend pas pourquoi Europorte a « résilié également sa convention avec le GPMB sous prétexte qu'il ne serait pas content d'un de ses sous-traitants ».




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nquiétude face à l'absence de démarches commerciales

La volte-face d'Europorte, qui avait remporté en 2014 l'appel à candidatures pour l'exploitation du Verdon et a investi dans le recrutement d'agents ferroviaires et l'achat de deux locomotives neuves (8M?), laisse la communauté portuaire bordelaise perplexe, et émeut les élus locaux, dont la députée du Médoc Pascale Got, qui a demandé la nomination d'un médiateur au ministère des Transports. Tout un chacun s'interroge, surpris par ailleurs par l'absence d'offres ou d'accords commerciaux entre Europorte et les compagnies maritimes alors que le lancement de l'exploitation approchait. En alerte sur ce point depuis trois mois, SMPA a en effet, début mai, assigné Europorte devant le tribunal de commerce pour la mise en oeuvre des contrats de manutention.




Études de marché " gonflées "

Pour Julien Bas, co-président de l'Union Maritime et Portuaire de Bordeaux, « le nerf de la guerre, c'est l'économie et la compétitivité ». Précisant que, dès le départ, l'UMPB avait pointé des études de marché « gonflées », - le GPMB et Europorte tablaient sur un trafic de plus de 100.000 conteneurs par an d'ici 5 ans- il rappelle combien ce projet a été « voulu » avant tout par le Port de Bordeaux. « Or, un projet se personnalise en fonction des attentes du terrain et non par une incantation sur des plaquettes glacées ». Pas rentable le Verdon ? Il serait temps de s'en apercevoir.



Marianne Peyri