Pierre Streiff : La différence réside dans le mental

Pierre Streiff : La différence réside dans le mental

Pierre Streiff, dirigeant de la société éponyme de génie climatique, est le nouveau président de la Fédération de BTP Isère. Ce féru de sport compare l'entreprise à la compétition de haut niveau, notamment à la Formule1, qu'il a côtoyée de près. Anne-Gaëlle Metzger

Pierre Streiff est à la tête d'un groupe de génie climatique de 180personnes et depuis peu président de la Fédération du BTP Isère. Il parle avec entrain de son travail, s'enthousiasme des avancées techniques, s'anime face aux possibilités de développement pour la «climatisation propre», se retient d'expliquer dans le détail le fonctionnement de la géothermie ou d'un puits canadien. Mais il ne résiste pas à l'envie de raconter une anecdote dans laquelle un promoteur local du début des années 80 trouve la climatisation luxueuse mais qui, en l'an 2000, trouve saugrenue l'idée de s'en passer pour réduire les coûts. «Le métier évolue. Il y a seulement quinze ans, mon père était plombier chauffagiste, aujourd'hui je travaille dans le génie climatique», explique celui qui est la troisième génération de l'entreprise Streiff. Une chemise bleue, ses initiales brodées sur le poignet gauche, une cravate coordonnée, l'oreillette de son téléphone portable cachée sous des cheveux mi-longs, il pourrait être le dernier Streiff à diriger la société. Il n'est pas question pour lui de «forcer» ses enfants, âgés aujourd'hui de 18 et 14 ans, à prendre la relève.




«Pas très brillant à l'école»

«Mon père voulait être médecin, il avait d'ailleurs commencé ses études. Mais mon grand-père est tombé malade et lui a demandé de reprendre l'entreprise... Moi, j'ai eu le choix. Je reconnais que je n'étais pas très brillant à l'école, je ne savais quoi faire, je n'ai pas eu un déclic passion. J'étais un cancre par rapport à mon frère... J'aimais bien ce que faisait mon père, j'ai travaillé avec lui par simplicité. Et puis ce métier est devenu une passion avec le temps. Aujourd'hui, je ne me vois pas faire autre chose.» Il a pourtant failli suivre une tout autre voie, celle tracée par son frère, Philippe Streiff, pilote de Formule 1. «Le week-end, je le suivais sur les grands prix dans tous les pays. Et j'ai eu l'occasion de faire ?Malboro cherche un pilote?. Sur un millier de candidats, il y a cinq finalistes mais un seul qui sort de cette école. J'étais parmi ces cinq-là, au côté notamment de Jean Alesi. Je me suis dit, ça y est, je suis pilote de F1.» Il se voyait comme son aîné parmi les vingt meilleurs mondiaux. «Mais mon frère, c'était un exploit. Il faut être plus que passionné, il faut être égoïste, volontaire, sans la moindre hésitation. J'ai couru en formule Ford et Formule 3. Mais un jour, je n'ai pas cru en moi, je me serais contenté d'une cinquième place, ce n'est pas si mal. J'ai su ce jour-là que je ne serai jamais pilote de F1. Car à chaque départ, il faut penser être le meilleur du monde, être persuadé de finir premier même si on part en dernière position.»




«Il faut partir gagnant»

Il se tourne alors vers le monde de l'entreprise, qui «se rapproche du monde sportif. Sur un gros chantier, techniquement difficile, il faut relever le challenge. Il faut partir gagnant pour réussir, comme un champion de haut niveau. C'est comme ça qu'un chef d'entreprise sort la tête de l'eau. Si je tire la gueule le matin en arrivant, que je suis fatigué, mon personnel se demandera qui est cette larve. Il faut toujours montrer qu'on a la pêche pour que l'équipe l'ait.» Il estime que dans son groupe règne aujourd'hui un «super bon climat social. Il y a de la convivialité et de la franchise, c'est comme ça que ça marche. Les employés doivent se sentir chez eux. Pour moi, c'est comme une deuxième famille, je passe plus de temps avec eux qu'avec mes enfants.» Il explique sa réussite professionnelle parce qu'il «y croit; je ne suis pas plus fort que les autres mais le mental fait la différence. Et quand un problème survient, il faut le prendre, le gérer sans se laisser abattre. Il y a des choses plus graves dans la vie que des problèmes d'entreprise.»