Le créateur
«Les araignées et les serpents sont des chimistes naturels, leurs venins sont des molécules actives optimisées. Chez VenomeTech nous les exploitons pour des usages thérapeutiques», explique Pierre Escoubas maître de conférences à l'Université de Nice-Sophia Antipolis et toxinologiste à l'Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire (IPMC-CNRS) à Valbonne. En 1988, il obtient un doctorat ès Sciences de l'Université Paris VI. Après un séjour aux Etats-Unis, il se rend au Japon en 1989 et en 1998 il retrouve un poste à l'Université Paris VI et le laboratoire de Michel Lazdunski à Sophia Antipolis.
Le concept
Le passage de la recherche à l'entreprise s'est fait assez naturellement pour VenomeTech. «Concernant la douleur ? un de nos sujets de recherche - les récepteurs qui transmettent le signal peuvent être bloqués par une toxine d'araignée. Vous inhibez donc ce signal et obtenez l'ébauche d'un médicament, l'application est évidente.» En revanche, la procédure administrative est longue même si la loi Allègre permet aux chercheurs de conserver un statut dans la fonction publique tout en montant leur entreprise. «Nous espérons avoir le feu vert de la commission de déontologie ce mois-ci pour créer la société dans la foulée. Nous bénéficions déjà d'un accord de licence exclusif de la part du CNRS concernant un brevet sur l'effet analgésique d'un peptide d'araignée. Notre société est donc basée sur une propriété intellectuelle acquise.» Mais le chemin à parcourir est long jusqu'à la fabrication du médicament: dix années environ, réparties en trois phases de recherches. Enfin, la mise au point d'une molécule coûte plusieurs centaines de millions d'euros. Résultat: «Le projet est souvent transmis à une entreprise pharmaceutique de plus grande taille sous forme de licence d'exploitation.»
Les perspectives
Compte tenu de la grande diversité des venins et de leur capacité à cibler précisément la maladie sans risque d'effet secondaire, le potentiel thérapeutique est immense. «Grâce aux deux molécules que nous avons isolées, nous avons deux pistes: d'une part la douleur avec des résultats concluants sur l'animal et peut-être le cancer, mais dans ce cas nous n'avons que des preuves in vitro.» Pierre Escoubas souhaite occuper une place de leader dans le domaine de la valorisation des toxines animales encore peu concurrentiel et pérenniser son entreprise. Celle-ci a déjà reçu le soutien de structures d'innovation locales, dont l'incubateur PACA Est et est lauréate du Concours Tremplin Entreprise du Sénat. VenomeTech devrait bientôt voir le jour dans les bureaux de l'IPCM à Sophia. Seul regret du chercheur: ne pas avoir dans la région une pépinière dédiée aux entreprises de biotechnologie.
www.venomtech.com
A Sophia Antipolis, VenomTech travaille à l'élaboration de nouvelles molécules thérapeutiques à base de venins d'animaux. Un parcours qui concilie recherche fondamentale et recherche appliquée.