Plus de 200 personnes ont perdu leur emploi dans la filière photovoltaïque en Morbihan depuis avril dernier. «En France, 20.000 emplois sont jetés à la poubelle», enrage Thierry Fauvet. Le dirigeant d'Énergie Bio à Lorient vient de mettre la clé sous la porte, licenciant 29 personnes. À Vannes, après France Panneaux Solaire et ses 90 licenciements cet été, Ciéléos Énergie a dû remercier 25 collaborateurs et Niu Solar 40 autres.
«J'ai vendu ma maison»
«J'ai été obligé de vendre ma maison. En février prochain je n'ai plus de toit», raconte Michael Von Gallera, gérant de Niu Solar. Un comble pour un installateur de toits photovoltaïques. Sous la pression des onze millions d'euros de commandes annulées en 2011, son entreprise a été mise en redressement. Le 16décembre prochain, le tribunal de commerce décidera de la suite. «Cela s'annonce très difficile», poursuit-il, pessimiste.
Absence de vision
Chez Ciéléos, il a fallu éponger 2,5millions d'euros de commandes annulées. «L'État n'avait pas imaginé un tel engouement pour le photovoltaïque. Il y avait trop de projets à subventionner et plus assez d'argentdans les caisses», commente Jérôme Fauvet, directeur de Ciéléos. «Le tarif de rachat avait sur-dopé la filière au profit de panneaux chinois, encore moins chers. Du coup, la balance commerciale était forcément déséquilibrée», remarque-t-il. Pour Thierry Fauvet, c'est l'absence de vision à long terme qui a tué la filière. «Nous nous serions adaptés aux baisses de tarif de rachat d'électricité. Mais le changer tous les trois mois, ce n'est pas possible. Il est plus facile de travailler à l'étranger.» D'ailleurs Thierry Fauvet conserve six personnes au sein de son bureau d'études en vue de poursuivre l'activité commerciale à l'export. En France, les forces de vente qui avaient été généreusement dimensionnées n'ont plus rien à vendre.
Le plan B
Les entrepreneurs ne sont pas tous décidés à se laisser faire. Et s'orientent vers une nouvelle stratégie de développement. Le plan B.Celui qui consiste à produire de l'électricité pour sa propre consommation, tendant vers un foyer autonome en énergie, du moins partiellement. Et non dépendant de la revente à EDF. «Les prix des panneaux photovoltaïques ont baissé depuis quelques années, c'est désormais possible de s'équiper pour sa propre consommation», note Thierry Fauvet. «Les propriétaires de tertiaire ou de maisons individuelles qui se lanceraient dans l'autonomie partielle en énergie pourraient revendre le surplus produitet ne subiraient pas les fluctuations des prix de l'énergie», explique Jérôme Fauvet qui estime le marché à deux ou trois installations par mois contre 28 à l'apogée de la filière. Michael Von Gallera, lui, ne partage pas cet optimisme. «Je ne crois pas en un changement réel et durable dans l'esprit des Français», dit-il. «Soit on leur propose une carotte énorme, soit ils attendent d'avoir de l'eau au-dessus de la tête pour apprendre à nager...».
solaire Lancée en trombe en 2008 suite au Grenelle, la filière photovoltaïque a connu un essor rapide et exponentiel. Et a explosé en plein vol au printemps.