Au départ, il y a une volonté affichée du gouvernement d'assainir un marché en proie à la spéculation. Les rendements, dans le photovoltaïque, sont forts. Or l'obligation de rachat de l'énergie solaire coûte cher à EDF, avec un risque de répercussion sur les ménages et les entreprises... Sur le fond, la filière photovoltaïque est plutôt d'accord. Sur la méthode, le décret publié aux JO le 10décembre 2010, a du mal à passer. Pour désengorger la file d'attente chez ERDF et faire dégonfler la bulle spéculative, le décret instaure un moratoire de trois mois. Il vise les installations photovoltaïques à usage non domestique, c'est-à-dire avec une puissance crête inférieure à 3 kW cumac (kWc). Face à ces constats, des premières baisses du tarif d'achat sont intervenues, le 14janvier dernier (-17%) et le 1erseptembre (-12%). Un dispositif complété par le moratoire de décembre. Le système est le suivant: Le producteur d'électricité doit d'abord faire une proposition technique et financière. ERDF envoie sa proposition de raccordement. Le porteur de projet donne sa réponse et paie un acompte. Si l'ensemble de cette chaîne n'a pas été réalisé le 2décembre, le projet tombe sous le coup du moratoire. Or, et c'est ce que déplorent les entreprises, ERDF est surchargé de demandes. De nombreux dossiers sont donc en attente. «Pour l'un de mes dossiers de 183kWh, ERDF devait donner une réponse le 30novembre. Or, ils étaient hors délais comme souvent... Donc, on n'a pas pu payer l'acompte. Résultat, le projet tombe sous le coup du moratoire», déplore Yvon Abiven de la société Geo'S Technologies à Ploudaniel. Au sein de la SARL Madec, à Plounévez-Lochrist, plusieurs dossiers sont en stand-by. La perte sèche est évaluée à 2M€. «Les gens d'ERDF, à Laval, sont estomaqués. Ils se rendent compte qu'ils sont pris en défaut», confie Pascal Madec.
«Trouver sept mois de trésorerie»
La situation est donc difficile pour les PME. «Dans trois mois, les conditions tarifaires auront changé. Or certains clients ont signé pour des centrales photovoltaïques en bâtissant leur business plan sur les anciens tarifs», explique Éric Béguot de l'entreprise Quénéa à Carhaix. On s'attend à de nombreux abandons de projets. Le problème, c'est qu'à la fin du moratoire, le risque d'afflux de demandes de raccordements est grand. «À partir de mars, il faudra compter trois mois supplémentaires, dans le meilleur des cas, pour qu'ERDF réponde... Le moratoire va donc produire ses effets pendant six mois au moins», poursuit Éric Béguot. Chez Geo'S Technologies, on parle du gel de la majorité des dossiers. Le plan de charge est suspendu jusqu'en septembre2011. «Les entreprises sont en danger. Il va falloir trouver sept mois de trésorerie. Or le photovoltaïque est un secteur où le besoin en fonds de roulement est colossal», s'inquiète le patron finistérien qui heureusement n'a pas qu'une corde à son arc. «Nous n'avons pas de visibilité mais pour l'instant, on maintient les emplois», note le créateur de cette société de 18 salariés. Les entreprises demandent aujourd'hui, la transparence sur la file d'attente d'ERDF. Sont pointées du doigt de gros opérateurs qui achètent chinois. Plusieurs associations ont annoncé leur intention de déposer des recours devant le Conseil d'État.
Un collectif: Sol Ouest
En Bretagne, six PME (100M€ de CA; 300 salariés) se sont regroupées au sein du collectif Sol Ouest, rejoint par cinquante autres sociétés. Le collectif suggère d'accorder la priorité à des projets «non spéculatifs inférieurs à 250 KWc réalisés avec des produits européens affichant un bilan carbone.» Le collectif propose également la mise en place d'une gouvernance de la filière et d'un système de régulation pérenne qui donnent une véritable visibilité aux acteurs du secteur, et introduit la notion de «régionalisation des tarifs».
Sol Ouest
Solewa (72), Quenea (29), EnergieBIO (56), IEL Energie (22), Armorgreen (35) et Briand Energies (85)