Philippe Grillot affiche un parcours jalonné de ruptures qui l'incitent à toujours rebondir. Orphelin à l'âge de 10 ans, il a été élevé dans la discipline, au centre des pupilles de l'armée à Grenoble. Sa voie était tracée: il devait être pilote de chasse, comme son père. «Une visite médicale a révélé qu'il me manquait deux 10e à un oeil: je ne serai jamais pilote.» Après l'internat, le jeune homme de 19 ans décide de prendre sa vie en main. Le BEPC en poche, il sera embauché comme coursier au sein des transports Gondrand à Dijon. Cette petite porte l'amènera jusqu'à la présidence du syndicat national TLF, bien des années plus tard.
Un jeune qui en veut
Sa toute première mission: porter des déclarations en douane entre son entreprise et l'administration. Il veut comprendre ce qu'il fait, interroge son entourage et demande une formation. Ce jeune-là en veut. Son patron lui confie, au bout de deux ans, l'ouverture d'une agence à Chalon-sur-Saône puis une à Lyon. «À cette époque, Framatome s'installe en Bourgogne pour développer des concepts à destination des centrales nucléaires, se souvient Philippe Grillot. Ils avaient besoin de transporteurs de produits et matériels nécessaires à la maintenance des centrales nucléaires.» L'autodidacte flaire le bon potentiel d'un créneau hyper réglementé mais vierge. «Mes patrons n'ont pas voulu suivre. Avec leur accord, je suis parti pour créer EM2S, en région lyonnaise.»
Embaucher des collaborateurs ?plus forts ?
L'entreprise a réalisé 30M€ de chiffre d'affaires en 2009. Elle emploie 100 personnes et est devenue leader dans le transport de produits dangereux en Europe, notamment les déchets radioactifs issus du démantèlement des centrales nucléaires, grâce à la conception d'emballages spécifiques pour les matériels irradiés. «Nous avons pris une longueur d'avance car c'est un domaine très réglementé qui demande de nombreuses certifications.» Une avance convoitée. Philippe Grillot réfléchit à sa succession: «Je ne veux pas mourir derrière mon bureau, ni imposer mon entreprise à mes enfants.» Cinq repreneurs ont été identifiés. «Je ne vendrai pas au mieux disant, assure celui qui a toujours embauché des collaborateurs ?plus forts? que lui et susceptibles de prendre sa place. Je céderai à celui qui comprendra le mieux l'entreprise et respectera le personnel.»
Docteur des entreprises
Car Philippe Grillot est un homme de valeurs. Il les a partagées au sein du Centre des jeunes dirigeants pendant 15 ans. «C'est la meilleure école de formation pour les dirigeants, affirme-t-il. Nous y confrontons nos problèmes d'entrepreneurs mais apprenons aussi à véhiculer des valeurs humaines et sociétales.» Des temps de réflexion qu'il estime nécessaires: «Seul dans son entreprise, on passe à côté de beaucoup de choses. Et puis un homme seul est un homme en mauvaise compagnie.» Ce dirigeant militant sera surnommé le docteur des entreprises après son passage au tribunal de commerce de Lyon. «Je m'étais fixé un objectif: démythifier son rôle.» Celui qui verra se jouer des drames à la barre milite pour l'information en amont. «J'ai créé la chambre des préventions qui accueillait au départ 30 entreprises par an. En 2008, 650 entretiens avaient été réalisés.» Conseiller national auprès de la chancellerie, son expertise et son bon sens sont recherchés. Début 2010, c'est Bruno Lacroix, président du CESR Rhône-Alpes, qui a fait appel à lui pour mener à bien une mission de réflexion sur le financement des PME. Les premiers résultats devraient être présentés à la nouvelle instance régionale dès juin.
Philippe Grillot est un homme de dialogue, que ce soit au sein de son entreprise de transport EM2S, au tribunal de commerce de Lyon, chez Transport et logistique de France ou au conseil économique et social Rhône-Alpes. Il est de tous les combats et a le don pour mettre les protagonistes autour d'une table.
Stéphanie Polette