Paturle aciers : Se forger un leadership de niches en niches
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Paturle aciers : Se forger un leadership de niches en niches

Voilà 124 ans que Paturle aciers travaille les métaux. Malgré les tempêtes économiques, la société se forge un leadership mondial sur des marchés de niche.

Paturle aciers, spécialiste centenaire du laminage à froid, du traitement thermique et du revêtement, a vu sa maison mère, le groupe allemand Theis, rachetée en octobre dernier par le Néerlandais FNsteel. Depuis est arrivé José Ribes, nouveau directeur général, tandis que son prédécesseur, Hervé Geffriaud, est devenu Chief executive officer (COO - directeur d'exploitation). À part ce petit jeu de chaises musicales, il n'y aura «pas de changement particulier. Nous maintenons la stratégie de niches mondiales, établie au début des années 2000, pour être un acteur incontournable», affirme Hervé Geffriaud. En effet, la stratégie a été établie quand, après d'importantes difficultés dans les années 90, l'entreprise familiale a été rachetée en 1999 par le groupe Theis.




Micros niches

«Depuis lors, nous entrons sur des marchés très exigeants, perfectionnons les produits et devenons leader.Nous sommes des petits face à de grands groupes internationaux. Nous regardons très attentivement ce qu'ils font, nous apprenons derrière eux jusqu'à atteindre le même niveau de qualité. Nous ne devenons pas leader par une réalisation spécifique mais en misant sur le prix de revient et la réactivité.» Mais pour maintenir sa compétitivité, Paturle aciers est «toujours obligée de travailler sur de nouveaux produits, alimenter un flux continu de projets, sachant que tous n'aboutissent pas. Il y a en moyenne 20 à 25% de déchets, auxquels s'ajoutent 10% de projets qui aboutissent mais restent mineurs. Une niche, c'est une contrainte, car elle ne dure pas: elle a une forte valeur ajoutée, mais tout concurrent bien construit veut en prendre une part». Ainsi, en plus des clapets pour amortisseurs automobiles, des ressorts de ceinture de sécurité, des membranes de klaxon, des renforts de ceinture orthopédique ou encore des lames pour couper le marbre, Paturle aciers travaille actuellement sur une offre complète de compresseurs pour réfrigérateurs alliant acier et carbone, allant jusqu'à investir 3M€ pour ce marché. Autres pistes d'avenir pour le COO: tout ce qui touche à l'environnement, comme les joints d'étanchéité à haute température.





La société investit également dans ses deux outils phares: la compétence de ses salariés et son organisation process. «Nous consacrons 4à 5% de notre masse salariale à la formation, pour suivre les évolutions de nos métiers. Certains d'entre eux sont très longs à apprendre et nos équipes s'améliorent dans le temps.»




Process japonais

Côté organisation, Paturle aciers a opté pour la "total productive maintenance". «Cette méthode japonaise de maintenance autonome responsabilise les opérateurs sur l'état permanent de leur process, ce qui leur permet d'évaluer l'écart avec l'état normal. Ainsi, l'équipement est en bon état sans besoin de gros investissement de remplacement et nous permet donc de baisser les coûts de nos produits.» Cette nouvelle stratégie a porté ses fruits avec une hausse de 20% du chiffre d'affaires depuis 2004. La société a même réussi à conquérir un marché du clapet au Japon. «C'est une grande fierté car les industriels japonais sont très méticuleux et protectionnistes, et souvent leaders avec une qualité exceptionnelle. Nous avons donc atteint un niveau d'exigence pour travailler avec eux. Mais, surtout, nous avons augmenté la valeur ajoutée de nos produits. Nous vendons moins de produits, plus chers, en augmentant nos marges.» La société ne peut de toute façon guère augmenter ses volumes, contrainte par la géographie de son implantation, dans le village de Saint-Laurent-du-Pont, au sein du Parc naturel régional de Chartreuse. «Technologiquement, nos outils ne sont pas dimensionnés pour la productivité. Nous les adaptons pour la qualité et nous nous adaptons à notre environnement.» La société s'attache d'ailleurs au zéro pollution aqueux et atmosphérique à travers un "plan de management environnemental" qui vise, au-delà des obligations réglementaires, à constamment diminuer ses rejets et ses déchets. Cette gestion attentive a permis à la société de traverser la crise sereinement. «Fin 2008, début 2009, nous avons accusé un ralentissement de 30% de notre activité, reconnaît Hervé Geffriaud. Nous avons allégé la société, avec trente départs volontaires et un abaissement du poids mort, ce qui nous a permis de passer 2009 correctement. Nous avons une structure légère, avec des ratios économiques viables.»

Paturle aciers



(Saint-Laurent-du-Pont) COO: Hervé Geffriaud 170 salariés CA: 35M€, dont 70% à l'export 04 76 67 21 00 www.paturle-aciers.fr

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