Près d'un an jour pour jour après son dépôt de bilan, la SNCM a été cédée à Patrick Rocca. Son groupe diversifié, fondé en 1989, emploie 634 salariés et réalise 81 millions d'euros de chiffre d'affaires, ce qui en fait un des tout premiers employeurs privé de Corse. Connu pour son activité de transport routier de marchandises, Rocca est le premier client de la Méridionale et de Corsica Ferries et troisième chargeur fret de la SNCM. «Nous transportons par voie maritime l'équivalent de 450.000 mètres linéaires de fret par an », précise Patrick Rocca, à la tête d'un parc composé de 686 véhicules et 418 semi-remorques. Rocca Transports compte 405 salariés et a réalisé 34 millions d'euros de chiffres d'affaires en 2014. Ce chef d'entreprise intervient également par le biais d'Environnement Services, dans le traitement et le recyclage des déchets au sud de l'île. Cette activité génère 5 millions d'euros de chiffre d'affaires et emploie 46 salariés. Il est également présent dans le BTP et s'est lancé dans la promotion immobilière aux côtés de la Collectivité territoriale de Corse (qui organise la desserte maritime de l'île, ndlr) et du Conseil général de Corse dans un programme de 240.000 m² nécessitant 200 millions d'euros de travaux. En septembre dernier, il a repris le Décathlon d'Ajaccio. L'enseigne dédié au sport emploie 60 personnes réalise 13 millions d'euros de chiffre d?affaires. «Deux autres magasins sortiront de terre en 2016, un à Bastia et un autre à Porto-Vecchio», annonce Patrick Rocca. Au fil des nombreux épisodes judiciaires, l'homme a toujours fait preuve de sang froid, de calme et de détermination notamment face aux 130 entrepreneurs corses fédérés au sein de Corsica Maritima. Ces derniers semblaient résolus ces dernières semaines à lui livrer une véritable bataille navale.
Défis internes et externes à relever
Les hostilités ont débuté il y a deux mois lorsque François Padrona, patron des établissements E-Leclerc et président de Corsica Maritima, a retiré à Rocca son fret au bénéfice des transporteurs routiers membres de l'alliance. Dernièrement, le consortium a annoncé qu'il ouvrirait des lignes maritimes sur Bastia et Ajaccio au départ de Toulon. Au cours des prochaines semaines Patrick Rocca devra soulever de multiples défis. Il devra composer avec les compagnies historiques, gérer l'arrivée d'outsiders et négocier au mieux la subdélégation de service public tout en préparant sa réponse au futur appel d'offres (le cahier des charges sera publié mi-janvier). Autre défi de taille, apaiser les tensions internes à l'ex-SNCM. Au lendemain du jugement, le chef d'entreprise a été accueilli par une grève des personnels. Ces derniers sont d'autant plus inquiets que le jugement autorise la mise en place d'une fiducie sûreté sur deux navires pour «garantie un éventuel PSE ultérieur». Son entrée en jouissance des biens de l'ex SNCM n'interviendra que 45 jours après le prononcé du jugement. La Compagnie Maritime Méridionale (détenue à 51% par la SAS Rocca et à 49% par Patrick Rocca) verra le jour officiellement début janvier. Basée à Marseille (déménagement programmé dans les prochains mois, le bâtiment rue de Ruffi étant trop grand), CMM exploitera les lignes sur la Corse et le Maghreb avec 6 des 7 navires, le Corse étant exclu du périmètre de la reprise. CMM conserve 873 salariés (sur 1.423) dont 233 sédentaires. Il s'est engagé à transférer quelque 100.000 mètres linéaires de fret sur les navires qui conserveront leurs couleurs blanc et bleues. En revanche, les quatre lettres SNCM affichées sur la coque disparaitront à jamais.
Laurie Maneval
Maritime. Après les Décathlon de Corse en septembre dernier, Patrick Rocca s'est offert, le 20 novembre dernier, pour 3,7 M?, la SNCM. Dans 45 jours, elle sera la vingt-huitième entreprise à rejoindre le giron du groupe. Portrait d'un homme d'affaires controversé.