Pascal Le Brun rend son tablier à la présidence de l’interprofession laitière
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Pascal Le Brun rend son tablier à la présidence de l’interprofession laitière

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L’éleveur normand Pascal Le Brun, président d’Eurial (groupe Agrial), a remis sa démission de la présidence du Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel). Le budget de l’interprofession semble avoir été le point d’achoppement de trop entre les différents collèges.

Pascal Le Brun est vice-président d’Agrial, et président d’Eurial — Photo : DR

Le dernier conseil d’administration extraordinaire, le 14 octobre 2025, aura eu raison de ses intentions : Pascal Le Brun a démissionné de la présidence du Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel), "après 18 mois d’engagement et face à la difficulté de trouver un consensus politique au sein des différents collèges composant l’interprofession".

Éleveur du Calvados, Pascal Le Brun est par ailleurs président de l’entreprise nantaise Eurial, la branche laitière du groupe coopératif normand Agrial (7,1 Md€ de CA).

Pas le premier cas

Ce n’est pas la première fois qu’un président présente sa démission : en 2015, Thierry Roquefeuil avait fait de même "face à l’indifférence du collège des transformateurs", alors que le prix du lait au producteur était au plus bas. Producteur de lait lui aussi, Thierry Roquefeuil avait ensuite accepté de reprendre son mandat et sera resté au total onze ans en fonction. Passant le témoin à Pascal Le Brun, en 2024.

Le nerf de la guerre

Cette fois, le Cniel avance "dans un climat tendu et délétère" rapporte la Confédération Paysanne, qui siège à l’instance. Au cœur des frictions : les freins des industriels à reconnaître les coûts de production servant de référence pour négocier le prix du lait, entre laiteries et éleveurs. L’accord sur les cotisations volontaires obligatoires (CVO) semble avoir été le désaccord de trop, pour le président : ces CVO, qui servent à financer les missions de la maison du lait, opposent une nouvelle fois représentants des industriels et des producteurs.

Une instance écoutée où les représentants ne s’entendent pas

Créé il y a cinquante ans, le Cniel est l’instance où se rassemblent les syndicats et organisations de producteurs de lait, la coopération agricole, les transformateurs dits "privés", et depuis quelques années les représentants des commerçants, distributeurs et restaurateurs. C’est d’ailleurs Marc Delage, président du collège du commerce et de la restauration, et directeur laitier chez Carrefour, qui remplace par intérim le président démissionnaire.

Le Cniel est l’instance de concertation écoutée par les gouvernements pour établir des plans de filière. Son rôle est d’analyser les marchés, de réaliser des études économiques, d’orienter des financements de filière vers l’adaptation des élevages au changement climatique ou face aux maladies. Historiquement, l’interprofession fixait aussi le prix de base du lait en France par grandes régions, ce qui serait aujourd’hui qualifié "d’entente illicite" par les concurrents européens. Désormais, les intervenants de la filière négocient à partir de la composition du lait (matières grasses, etc.), de la qualité du lait (pénalités ou primes) ou encore de l’orientation des marchés sur la base de critères du Cniel.

Une grande partie des sujets abordés sont donc de nature à créer des points de crispations entre les différents acteurs de la filière. Une filière qui compte plus de 44 000 exploitations laitières et 740 sites de transformation, pour une collecte nationale de 23 milliards de litres de lait.

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