Pascal Boniface : «Le gros de la crise est derrière nous»
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Pascal Boniface : «Le gros de la crise est derrière nous»

Pour Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), la crise est sur une fin de cycle et 2010 s'annonce comme une année d'espoir.



De nombreuses fermetures d'usines ont eu lieu en France et certaines ont été délocalisées. Comment les entreprises doivent-elles aborder l'année 2010?


La France doit conserver une industrie car c'est un atout essentiel de sa réussite et l'on voit qu'après les mouvements de délocalisation qui ont inquiété de nombreux responsables, il y a un ralentissement de ces délocalisations. On constate aussi que ces délocalisations sont très largement compensées par un très fort taux d'investissement extérieur en France. Il y a donc à la fois des délocalisations et des relocalisations, puisque lorsque des étrangers investissent en France, c'est une délocalisation pour eux, pas pour nous. L'année 2009 a été tellement mauvaise que les entrepreneurs ne peuvent qu'espérer pour 2010. Ce sera forcément meilleur. On peut penser néanmoins, que le gros de la crise est derrière nous. Que la crise n'est pas terminée mais qu'elle est sur une fin de cycle et que le plus dur est passé. Tous les signaux que l'on voit en France et à l'étranger le montrent. Nous ne sommes plus en récession et il y a de nouveau une croissance, certes modeste.
Vous parlez de délocalisation, cependant, certaines entreprises sont parties en Chine mais reviennent faute d'une qualité suffisante. Ce mouvement va-t-il s'amplifier?
Tout à fait. Enfin, je pense que la qualité peut s'améliorer en Chine
, mais c'est vrai que souvent les entrepreneurs se rendent compte que les économies, à produire sur place, ne sont pas si grandes pour trois raisons. D'abord, parce que les salaires chinois vont augmenter. Deuxièmement, lorsqu'on investit en Chine, il faut tout une infrastructure de contrôle, que l'on exporte également et qui coûte chère. Et donc, le salaire des expatriés, qui doivent contrôler la production, compense largement les gains sur des salaires. Et puis, surtout, on voit que le coût des transports n'a pas baissé, donc, les délocalisations sont surtout intéressantes pour certains produits lorsque le coût des transports est bas. Mais, le pétrole ne va pas baisser. Enfin, les délocalisations les plus intéressantes ne sont pas pour exporter à partir de la Chine, mais plutôt pour pouvoir vendre dans ce pays. On voit donc qu'il y a des limites à la délocalisation.
Comment les entreprises françaises peuvent-elles se positionner dans ce contexte de crise mondiale?
Ce que l'on constate aujourd'hui, c'est qu'il n'y a pas un seul secteur porteur mais de nombreux endroits; ça dépend, bien sûr, du produit que vous avez à vendre. La Chine est l'un de ces marchés, mais il y a aussi l'Indonésie, la Malaisie, le Viêt Nam. Et puis, souvent on oublie la Corée car elle est coincée entre le Japon et la Chine, mais c'est une erreur! Je reviens d'Amérique latine et les pays que j'ai traversé connaissent un boom économique, tels le Chili et l'Argentine. La Russie redevient un pays où il y a des consommateurs, pas seulement des oligarques et des mendiants car une classe moyenne se développe. Dès qu'un pays développe sa classe moyenne, il faut regarder de plus près ses marchés porteurs.
Quel rôle l'Europe a-t-elle joué dans cette crise économique?
L'Europe a toujours été un rempart et un tremplin pour la France. Si nous n'avions pas eu l'Euro, nous aurions plus souffert pendant la crise. L'Euro est une protection forte. À partir de là, il faut aussi conquérir les marchés. L'Europe était très nettement en panne depuis quatre ans et le «non» au référendum. On peut penser que l'adoption du traité de Lisbonne et que la désignation du Président et du Haut représentant permettront à l'Europe de redémarrer et d'être clairement identifiable.


Interview Sébastien Colle

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