« En 2014, Awel réalisait cinq millions d'euros de chiffre d'affaires, avec 24 % de croissance. Notre résultat était négatif certes, mais totalement maîtrisé, en ligne avec les banques, car nous avions investi 700.000 euros en R & D. Tout allait bien, mais des problèmes de gestion et de trésorerie ont fait que l'entreprise a été logiquement placée en redressement judiciaire le 6 mai 2015, puis en liquidation. Nous avons tous pris un mur à 180 km/h !
Regagner la confiance
Nous avons alors décidé de créer Alliance Bio Expertise, pour monter un projet de reprise, effectif au 4 juillet 2015. Ce n'était pas évident... Du jour au lendemain, vous vous retrouvez sans visibilité, avec une grosse solitude et incertitude liée aux fournisseurs, même si les clients étaient au rendez-vous. Non seulement il a fallu regagner leur confiance, pour qu'ils nous donnent une chance, mais nous avons dû tout payer d'avance. La trésorerie était tendue au maximum. Il y avait un vrai risque en tant qu'anciens cadres et actionnaires.
À l'époque, nous étions 22 salariés... Nous avons redémarré à sept et nous sommes aujourd'hui 15, dont nous avons associé une partie à l'aventure. Deux personnes en contrat d'alternance travaillent aussi dans la société. D'ici la fin de l'année, nous serons vraisemblablement 18...
Repartir à zéro
Il a fallu repartir à zéro, sans comptabilité, sans contrat... Alors que vous continuez à recevoir des commandes, vous ne pouvez pas facturer ni les livrer ! Il nous fallait aller très vite si nous ne voulions pas perdre l'actif de l'entreprise : ses clients. Or, créer un compte fournisseur pour un transporteur peut demander une semaine. En attendant, les échéances couraient... Nous avons donc trouvé un partenaire financier : le fonds breton Kreizig. On ne repartait pas complètement d'une feuille blanche, mais avec une équipe réduite. Il ne fallait pas de rupture. S'organiser aussi pour que la communication ne soit pas rompue avec les partenaires de l'entreprise et qu'elle soit même la plus transparente possible.
Partenaires fidèles
Nous avions un capital de 400 clients que nous avons satisfaits au maximum sans prospection commerciale par ailleurs. Ils ont été fidèles. Avec le recul, reprendre une entreprise dans ces conditions, c'est pire que d'en créer une ! Les journées ne font plus 24 heures. L'intérêt est que cela crée un collectif et un noyau face à ce degré de difficultés. On peut ensuite relativiser certains problèmes...
Prévisionnel dépassé
Depuis la reprise, nous avons déménagé l'entreprise pour se rapprocher d'un environnement breton plus familier, en atelier-relais à Guipry. Un compromis géographique aussi pour les salariés, mais finalement bien placé au croisement des départements 35, 44 et 56. Nous nous sommes mis un business plan prudent, le plus réaliste possible. La bonne nouvelle, c'est que nous visions les trois millions d'euros de chiffre d'affaires et que les résultats sont finalement meilleurs que prévus... Nous sommes à peu près à l'équilibre, alors que nous l'attendions plutôt dans trois ans. Les perspectives sont bonnes. Des Chinois nous consultent. Notre marché de sécurité sanitaire et alimentaire ne peut être qu'en croissance. Il y a une pression sur les industriels et la France a une longueur d'avance. Mais le pari n'est jamais gagné. Un changement d'outil informatique peut, par exemple, tout faire basculer... Nos deux activités n'ont pas changé : négoce et fabrication de nos propres équipements pour laboratoires de biologie et microbiologie, des industries cosmétique, agroalimentaire, pharmaceutique et vétérinaire.
L'export doit monter à 60 %
La production n'était pas une force ; elle va le devenir. Nous travaillons avec un industriel français de l'assemblage, basé dans l'Ouest, tandis que nous continuons la conception de nos machines. Nous réalisons 40 % à l'export mais cette part devrait à terme représenter 60 % grâce à nos produits en propre dont une centrifugeuse innovante, plus confortable dans son utilisation que la concurrence. Nous avons un système de connectivité " plug-and-play " pour les rotors, par exemple, qui fait gagner du temps. Nos machines sont aussi les plus compactes (de 30 %) du marché. Or, les laboratoires ont un problème de place.
De l'innovation
En microbiologie industrielle aussi, nos solutions de préparation des échantillons et des milieux sont beaucoup plus précises. Nous avons ajouté des innovations et de l'ergonomie. Ce sont des outils de productivité. Nous sortons également cette année des appareils beaucoup plus conséquents, pour élargir notre gamme. En R & D, cette année, nous allons investir de l'ordre de 200.000 euros que nous arrivons à absorber sur la trésorerie. 2016 est une année de transition avec le lancement de trois produits pour un réel bénéfice dès 2017. Nous avons une ambition à trois ans de retrouver le niveau de cinq millions d'euros et bien au-delà ensuite. »
Ex-actionnaires d'Awel, Philippe Le Saux et Arnaud Fourmond ont repris la société d'équipements de laboratoires, qui avait été placée en redressement à la surprise générale. Le duo l'a transférée de Blain (44) à Guipry (35), pour un nouveau départ sous l'enseigne Alliance Bio Expertise (ABE).