Cela fait maintenant six mois que vous avez pris vos fonctions et que vous parcourez le territoire du grand Ouest, qu'est-ce qui vous marque le plus ici ?
Un dynamisme incroyable ! Il n'y a qu'à compter le nombre de grues à Rennes... L'engagement des gens et leur vrai désir de succès m'ont aussi marqué. Depuis 8 ans, j'étais sur des terres un peu plus arides, le Limousin et l'Auvergne, tirées par quelques locomotives dont les deux seules sociétés du CAC40 qui n'ont pas leur siège à Paris (Michelin et Legrand). Je retrouve en Bretagne une économie agricole dense et très diversifiée. Il n'y a pas que le porc et le lait ! Dans les cultures légumières, la région a beaucoup de belles affaires qui marchent très bien. Dans tous les secteurs d'activités, il n'y a pas de fatalité. Nous avons tous les ingrédients dans l'Ouest pour réussir. Même les Chinois y investissent.
Diriez-vous que la crise est derrière nous ?
La conjoncture est favorable ! Objectivement, ça va mieux. Malheureusement encore, nous sommes à plus de six défaillances d'entreprises par heure en France, mais le nombre de défaillances a diminué plus fortement en Bretagne qu'ailleurs. Le nombre de chômeurs reste beaucoup trop élevé. Un taux ne reflète pas les individus. En valeur absolue, il y a pourtant création d'emplois. C'est un drame pour la France de ne pas mettre ses jeunes au boulot ; 25% de chômage chez les jeunes, c'est une honte dans une économie très sociale et solidaire comme la nôtre.
Ces jeunes qui manifestaient dans les rues de Rennes et Nantes, avec des débordements et casseurs qui coûtent cher aux banques et à leurs clients commerçants...
Nous avons donné... à cause d'une concentration de parias en marge des manifestations. La violence est trop durable à Rennes. Il nous faut être dans l'action pour le commerce rennais et pour l'image de Rennes, mais aussi de Nantes. L'Etat est dans l'action. Les forces de l'ordre sont beaucoup sollicitées, peut-être trop. Elles ne sont pas en cause. Nous avons plutôt une position de place entre confrères pour affirmer que nous devons participer au regain d'activité en centre-ville, enlever les contreplaqués sur nos vitrines... Nous prenons ce risque. Les banques contribuent à l'économie locale. Nous disons à tous les commerçants de ne pas s'inquiéter : nous ferons du sur mesure pour eux. Beaucoup ont perdu des journées entières de chiffre d'affaires ! Il y a l'effet direct du jour de la manifestation, pour un restaurant de 140 couverts par exemple, mais aussi les jours suivants. L'Etat s'est engagé à prendre en charge toutes les franchises d'assurances déposées.
Comment analysez-vous cette grogne d'une frange de la population ?
L'Etat a un train de vie beaucoup trop élevé. C'est pour cela que nous avons ces frictions aujourd'hui. Nous voyons bien les tensions budgétaires fortes sur la justice, la santé, sur les domaines régaliens de l'Etat. Une partie de la population ne comprend pas que nous sommes en train de changer de monde. Comme le chômage, l'endettement de la France reste trop élevé. A un tel niveau, dû à l'incapacité de se réformer en profondeur, ce n'est pas raisonnable. Il est insupportable pour moi de savoir que ma petite-fille de 3 ans va devoir rembourser des dettes que nous avons faites pour notre train de vie, au lieu d'investir dans l'innovation ou dans des infrastructures nouvelles. La France a une chance incroyable : elle peut emprunter beaucoup, à des taux très bas. Parce qu'elle fait partie des fleurons mondiaux dans de nombreux secteurs. Il y a une confiance dans la dette très liquide, qui sert aujourd'hui l'Etat. Comme pour une entreprise, si elle est pérenne, on regarde sa capacité structurelle à porter un endettement. Mais si les taux remontent...