Tout est parti d'un constat lors d'une session du plan de développement avec le réseau Aradel (Association Rhône-Alpes des professionnels du développement économique local). En Maurienne, le tourisme génère 70 % des flux de revenus. Dangereux pour Jean-Luc Reffet, expert-comptable d'Unicompta ! « Notre territoire a cherché des pistes pour ne pas être en dépendance trop prégnante du tourisme. Accompagnés d'économistes, comme Vincent Pasini, nous avons retenu trois ou quatre pistes innovantes, dont les nouvelles technologies liées à la 3D. » Les domaines universitaires étant trop éloignés pour s'appuyer sur leurs compétences, le concept d'un FabLab est vite écarté au profit d'un espace de travail collaboratif.
S'entourer de compétences
Depuis un mois, l'Open Fab Maurienne commence à expérimenter la fabrication de tous types de produits en 3D en plastique, bois, aluminium, carton... : figurines, réparations de pièces plastiques, tee-shirts imprimés, rideaux, mobiliers en carton, meubles... Le tout en petite quantité ou en prototype. « En 3D, un roulement à billes peut se réaliser en une seule fois, contre trois assemblages auparavant. » Les premières pièces devraient suivre d'ici juillet. « Les filières du bâtiment, des transports, de l'industrie nous approchent. Avec les dentistes, le marché médical est intéressé pour les prothèses. L'art contemporain utilise des produits de ce type, les artistes et architectes imaginent et nous concevrons leurs oeuvres en 3D », assure l'expert-comptable. Des ingénieurs INSA Lyon ont même pris des options pour travailler le samedi, montrer ce qu'ils savent faire et apporter des idées. Un professeur du lycée Paul Héroult de Saint-Jean-de-Maurienne va, lui, apporter toute son expérience dans l'utilisation de la 3D.
Générer de l'activité
Ce pari audacieux, Jean-Luc Reffet le connaît. En 1998, avec son ami, Philippe Derrier d'Alliance Réseaux, ils avaient créé l'association Alliance Multimédia pour s'emparer de l'outil internet en formant le public à l'aide des emplois-jeunes, jusqu'à créer des sociétés. Aujourd'hui, avec l'Open Fab Maurienne, l'enjeu se scinde entre recherches, essais, atelier d'opportunités. « Nous avons tout à inventer avec d'ici trois ans des systèmes qui fonctionnent, des gens qui engendrent leur activité. Avec la crise, les jeunes retournent au pays, il faut leur offrir du travail et garder nos ingénieurs au coeur de nos vallées. Ne nous contentons pas de nous appuyer sur les grands chantiers pour préparer notre avenir. Allons de l'avant pour pérenniser nos affaires », souligne Jean-Luc Reffet, devenu président de l'association Open Fab Maurienne, qui vise la rentabilité d'ici trois à six ans. Pour lancer la structure, l'expert-comptable a sollicité une trentaine d'adhérents, amis entrepreneurs, pour récolter des fonds. Les fondateurs ont versé 30.000 € HT chacun, les " numéros de siret " 3 000 ? HT et les privés 500 € TTC. Au total, il a déjà récolté 270.000 euros en cotisation qui serviront à embaucher deux salariés. L'Agence Régionale du Développement et de l'Innovation, Ardi Rhône-Alpes a par ailleurs donné son feu vert pour financer à hauteur de 30 % de 150.000 € les achats de matériel (imprimante 3 D, découpe laser...). Les 700 m² de locaux à Saint-Jean-de-Maurienne sont mis à disposition par Philippe Derrier.
Open Fab Maurienne
Philippe Derrier 06 84 81 69 07