"On pourrait connaître une crise dans les métiers du textile et du luxe en 2025"
Interview # Textile et mode # Conjoncture

Jacques Martin-Lalande président de Mode Grand Ouest "On pourrait connaître une crise dans les métiers du textile et du luxe en 2025"

S'abonner

Après des décennies de régression, le secteur industriel et ateliers à façon du textile, maroquinerie et prêt-à-porter a retrouvé un fort engouement auprès des clients, issus du luxe en particulier. Mais après une dynamique positive post-Covid, le contexte évolue et l’année 2025 pourrait avoir des conséquences inverses, estime Jacques Martin-Lalande, président du syndicat Mode Grand Ouest.

Jacques Martin-Lalande, à la tête des ateliers Fim, préside le syndicat Mode Grand Ouest fort de 120 adhérents, depuis juin 2024 — Photo : MGO

Jacques Martin-Lalande, à la tête de Mode Grand Ouest, vous représentez des entreprises de l’habillement et de la maroquinerie de l’ouest de la France. Est-ce que le secteur de la mode se porte bien ?

Attention, prudence ! Il y a eu un effet post-Covid avec trois belles années (2021, 2022, 2023) mais les effets sont en train de s’estomper. Nous ne sommes plus sur des croissances d’entreprise à deux chiffres. La problématique maintenant va être de stabiliser l’activité et de ne pas casser les efforts entrepris.

De quels efforts parlez-vous ?

Ce sont notamment les efforts réalisés en termes de créations d’emplois et de formations qui, dans nos métiers, sont assez longues, notamment dans le textile à façon et la maroquinerie. Il faut donc garder les salariés pour éviter de devoir chercher à en former de nouveaux quand une nouvelle dynamique repartira, ou simplement de nouveaux marchés s’ouvriront (le secteur comptait 13 800 salariés fin 2023 en Pays de la Loire, contre 11 900 en 2020, mais seulement 520 projets de recrutement sont envisagés au second semestre 2024 par les entreprises, deux fois moins qu’en 2023, selon l'Orci - NDLR).

À quel point craignez-vous les conséquences de ce ralentissement ?

On pourrait connaître une crise en 2025. Les acteurs directement concernés par les ventes en magasins, l’habillement notamment, le savent déjà, l’inflation ayant freiné les ventes. Les marques de textile sont touchées plus vite que les façonniers. Les entreprises qui travaillent dans le luxe sont plus sécurisées, mais le secteur du luxe n’est pas intouchable. Les entreprises concernées risquent ainsi d’enregistrer un très léger retrait des commandes dans le luxe en 2025 après avoir connu une stabilité cette année. L’impact reste encore difficile à déterminer, car dans chaque maison, les différentes catégories de produits ne sont pas forcément touchées de la même façon par les baisses de la demande.

Quel est le message de Mode Grand Ouest dans ce nouveau contexte ?

Les entreprises doivent continuer de recruter des jeunes, pour la pérennité des métiers, et pour que les écoles qui se sont investies auprès de nos adhérents ne subissent pas un coup de frein. Il faut être conscient que les efforts de chacun se répercutent sur tout un écosystème. Le message auprès de nos adhérents met ainsi l’accent sur les niveaux de prix, le respect des délais de livraison et de la qualité des commandes réalisées. Soyons vigilants à la qualité de nos services. Le fabriqué en France a permis un développement du secteur grâce à son image car c’est une garantie pour les clients. Préservons cela. Car la mode Made in Italy offre aussi des prestations de qualité et peut récupérer des clients que nous ne parviendrions pas à satisfaire.

Que représente aujourd’hui Mode Grand Ouest ?

Nos adhérents emploient au total 6 457 salariés, dont 3 660 dans l’habillement et 2 270 dans la maroquinerie. Mode Grand Ouest, ce sont 120 adhérents dont 76 entreprises en Pays de la Loire. Le syndicat s’agrandit. Dans les années 1980 à 2000, le secteur de la mode et du textile a perdu énormément d’entreprises en France, trop dans certaines régions pour financer un groupement. Mode Grand Ouest restait une organisation forte et assez dynamique, avec des événements, nous avons donc attiré des entreprises plus éloignées. Nous avons fusionné avec le syndicat de Bretagne (21 adhérents). Petit à petit, Mode Grand Ouest a aussi récupéré des adhérents du Centre (11) et de la Nouvelle-Aquitaine (10), de Normandie aussi (2).

Depuis votre élection à la présidence de Mode Grand Ouest en juin 2024, vous avez souhaité mettre en place des groupes de travail spécifiques : pourquoi ?

Nous avons une organisation locale avec des adhérents de différentes régions et des problématiques différentes : l’aide aux formations est par exemple régionalisée. La mise en place de groupes thématiques permet de mieux répondre aux préoccupations des uns et des autres. Elle permet aussi de développer des formations pour des besoins communs de main-d’œuvre. Nous avons nommé à la fois des référents par région et par métier. Nous avons ainsi quatre groupes thématiques : l’habillement (76 adhérents), le textile (6 adhérents), la maroquinerie (22) et les métiers partenaires (16 ; centre de formations, bureaux d’études, de conseil, matériel industriel).

Mode Grand Ouest a toujours un président, mais plus de direction générale. Un recrutement est-il toujours d’actualité ?

L’embauche d’un délégué général est en cours. Il sera chargé de coordonner nos missions et les groupes de travail. Il faudra aussi faire du lobbying pour défendre nos revendications.

Pays de la Loire Bretagne # Textile et mode # Textile et mode # Luxe # Industrie # Conjoncture # Créations d'emplois # Formation professionnelle # Made in France # Organisations professionnelles