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«On fabrique les fantassins mais quid de l'infirmerie?»
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«On fabrique les fantassins mais quid de l'infirmerie?»

Professeur à l'Université de Montpellier et chercheur associé à l'EM. Lyon, Olivier Torrès consacre ses travaux au phénomène des PME en France et dans le monde.

— Photo : DR

Les patrons de PME françaises appartiennent selon vous à la catégorie des "entrepreneurs corporatistes" face au modèle libéral anglo-saxon. Pourquoi?

Leur souci est surtout de parer les menaces plutôt que de saisir les opportunités. Ils ont plus facilement un comportement défensif, tentent de maintenir leur pré carré. C'est l'exemple des chauffeurs de taxi à la publication du rapport Attali. À l'opposé, l'entrepreneur du type libéral est plus dans l'optimisme, dans l'autonomie, dans l'énergie, l'innovation. La France est marquée par le poids d'une vision centralisatrice et jacobine de l'économie qui a privilégié la grande entreprise et le fonctionnariat. Il est incroyable de voir que l'État veut décider qui doit verser des primes à qui. Et le ton comminatoire employé par l'administration dans ses correspondances aux chefs d'entreprise est effarant!

Le mouvement exponentiel de la création d'entreprise fait-il évoluer cette situation?

Oui car il favorise l'émergence de l'esprit libéral, avec un allégement des procédures et plus de croissance, plus de créativité et plus d'innovation. L'innovation, c'est bien sûr le fruit des travaux des unités de R & D mais ce sont aussi les idées nouvelles, les opportunités nouvelles amenées par des personnes isolées. À l'ombre des grands groupes, il y a des interstices qui permettent un formidable développement de PME pérennes.

Le système financier soutient-il assez ce mouvement?

Il y a un décalage entre l'état proxémique des PME en matière de finances et le management à distance des banques. Un patron de PME parle de ses clients. Il est dans la proximité. Depuis une dizaine d'années, les banques font le chemin inverse: politique de rotation des chargés d'affaires, montée en puissance du crédit scoring, concentration, restriction du pouvoir de décision du directeur d'agence au bénéfice de comités d'engagements... Il y a plus d'argent distribué, et plus loin, mais les chefs d'entreprise ont le sentiment de ne plus avoir d'interlocuteurs, de ne plus être entendus. Ce qui est encore plus marqué pour les créateurs.

La création d'entreprise doit-elle s'amplifier?

Je suis favorable à l'acte d'"entrepreunariat" mais une société mature doit aller au bout de la logique. On est en train de fabriquer les fantassins de la guerre économique mondiale. Mais qui songe à installer l'infirmerie? Créer une entreprise, c'est prendre des risques, y compris sur le plan de la santé et du mental. Qui se soucie de la santé des entrepreneurs? C'est pour cela que j'ai créé Amarok, premier observatoire de la santé des dirigeants de PME.

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