Le parisien Oklima, filiale du groupe EDF spécialisée dans les projets de contribution carbone, et le bailleur social orléanais Valloire Habitat accompagnent la montée en puissance industrielle du nordiste NeoCem sur le marché du ciment décarboné. Les deux acteurs apportent un appui financier à l’accélération de la première usine de l’entreprise, inaugurée il y a près d’un an à Saint-Maximin (Oise).
Soutenue par une levée de fonds de 23 millions d’euros en 2024, cette unité recycle un déchet jusqu’ici peu valorisé — des argiles issues de chantiers de construction — pour produire un liant entrant dans la composition de ciments bas carbone. "Avec une production mondiale de ciment appelée à croître de 12 à 23 % d’ici 2050, il est essentiel d’accompagner l’évolution vers des solutions moins émissives", souligne Christophe Deboffe, fondateur de NeoCem. "Notre solution est actionnable dès aujourd’hui et contribue déjà aux objectifs européens de réduction du clinker", un liant qui est le principal responsable des émissions de CO₂ dans le ciment traditionnel.
Un liant bas carbone
Créée en 2021 dans le giron du bureau d’études lillois NeoEco (140 salariés, 8 M€ de CA), la start-up NeoCem fait figure de pionnière dans la valorisation et le réemploi des argiles issues de déblais de chantiers. Elle a développé un procédé breveté permettant de réduire jusqu’à 90 % la part de clinker dans le ciment.
"Ce procédé répond aussi à une problématique très concrète du BTP : que faire des argiles dont personne ne veut ?", souligne Romain Genna, chef de projet chez NeoCem. Dans ce cadre, la matière première est sourcée le plus localement possible. "En trois mois, 100 000 tonnes d’argiles ont été récupérées", précise-t-il. Le prix du ciment ainsi décarboné se situe "entre 130 et 150 euros la tonne".
Oklima sécurise les financements
Le rôle d’Oklima s’avère central dans la montée en puissance industrielle du projet. La filiale d’EDF a structuré le dispositif de contribution carbone — qui permet notamment aux entreprises de financer des projets certifiés de réduction ou d’évitement des émissions de CO₂ -, apportant à NeoCem des financements complémentaires via la commercialisation des crédits carbone générés par sa production. Ces ressources ont contribué à la construction de l’usine de Saint-Maximin et soutiennent désormais sa montée en capacité. L’objectif est d’atteindre 300 000 tonnes annuelles d’argiles issues de déblais, transformées en 200 000 tonnes d’argiles recyclées en liant.
Le site emploie douze salariés, majoritairement en production, travaillant en 2x8. Le passage en fonctionnement continu, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, est prévu, avec le recrutement de 20 à 25 collaborateurs supplémentaires. Soutenue également par Eiffage et Bouygues Construction, NeoCem envisage l’ouverture d’autres usines en France.
Valloire Habitat s’engage sur son cœur de métier
Oklima a par ailleurs joué un rôle d’intermédiation entre NeoCem et Valloire Habitat (105 M€ de CA en 2024, 250 salariés), filiale du groupe Action Logement. Pour le bailleur social, ce partenariat marque une première. Après avoir soutenu des projets agricoles et forestiers labellisés bas carbone, Valloire Habitat s’engage directement dans la décarbonation des matériaux de construction, en lien avec son activité. Une manière d’ancrer sa stratégie environnementale au plus près de sa chaîne de valeur.