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Océalia cherche la solidité dans ses filiales
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Océalia cherche la solidité dans ses filiales

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Dans le contexte d’une récolte en forte baisse et chahutée par les cours mondiaux, le groupe coopératif agricole charentais Océalia s’emploie à solidifier ses filiales. Il multiplie les acquisitions et les projets pour aller y chercher la rentabilité. Il poursuit aussi son historique processus de fusions tout en explorant de nouveaux modèles de contractualisation avec les agriculteurs.

Le groupe coopératif Océalia, dirigé par Mathieu Staub (à gauche) et présidé par Denis Mathé, tire de plus en plus sa résilience de ses filiales — Photo : Romain Béteille

À voir les nombreux rachats maillant son bilan, l’œil profane pourrait croire que le groupe charentais Océalia (1 816 salariés, 7 000 adhérents) s’essaie à tout, et advienne que pourra. Sauf qu’il a bien, et depuis longtemps, une idée derrière la tête : consolider, pour faire en sorte que les aléas climatiques et les cours, dont dépend son cœur de métier de coopérative agricole (532,4 M€ de CA en 2024-2025), lui permettent de franchir plus facilement les années difficiles.

La dernière s’est clôturée en juin. La récolte 2024, sa plus petite récolte historique, affiche 930 000 tonnes, 300 000 de moins que l’année précédente, impactant le chiffre d’affaires annuel de son pôle "production végétale" (292,9 M€ contre 388 M€ l’an dernier).

930 000

Sphère production, filiale d’Océalia qui fabrique des popcorn, a signé le permis de construire pour rebâtir son usine principale après l’incendie qu’elle a subi à l’été 2024 — Photo : Océalia/Sphère

Premier collecteur de la région

Océalia, qui reste le premier collecteur de la région Nouvelle-Aquitaine et revendique une part de marché moyenne de 30 %, œuvre par plusieurs moyens à renforcer sa solidité face à cette conjoncture.

Il vient ainsi de déposer le permis de construire pour rebâtir l’usine principale de sa filiale de production de pop-corn, Sphere Production, qui a subi un incendie à l’été 2024, après avoir transféré l’activité vers un site secondaire pour limiter la casse (75 % de volume d’activité perdu mais seulement 33 % de CA en moins).

Secoué par la crise du vin et du cognac qui fait perdre de la rentabilité à son pôle boisson (22,2 M€) et a conduit Maison Ansac à licencier 16 salariés sur 46, il a créé cet été Moc Baril, société commune de négoce avec les Caves de la Loire et l’occitan Sica Balisca. "Nous avons réduit les volumes de cognac contractualisé de 35 %, l’objectif est donc de trouver un nouveau débouché aux viticulteurs", assure Denis Mathé, président d’Océalia.

Le vin produit sera vendu en vrac, une solution forcément moins rentable mais qui "répondait à une vraie demande du marché. Le fait d’être diversifié nous permet d’aller chercher des solutions", assure Mathieu Staub. La création en septembre de Sybellis, une nouvelle marque pour sa filière bois-énergie, répond à la même logique.

La filiale Menguy’s d’Océalia, dont l’usine est basée dans le Tarn, est le leader français du beurre de cacahuète et va construire une seconde usine — Photo : Romain Béteille

Continuer d’investir

Diversifié… et rentable : les filiales d’Océalia représentent aujourd’hui 53 % de son effectif salarié, un tiers du chiffre d’affaires du groupe et les deux tiers de son excédent brut d’exploitation, qui ressort en positif grâce à elles.

Il peut ainsi continuer d’investir : 37 millions d’euros sont prévus cette année. Sa filiale Menguy’s, qui fabrique à Mazamet (Tarn) des cacahuètes et snacks salés, va construire une seconde usine d’ici fin 2026. "La grande distribution se structure et Menguy’s commence à recevoir des appels d’offres européens. Il nous faut une capacité de production plus importante pour y répondre", relate le directeur général.

Pour renforcer son autonomie dans l’alimentation animale, sa filiale Alicoop a démarré la construction d’une usine à Pamproux (Deux-Sèvres) pour transformer 20 000 tonnes de graines dont 13 000 de soja, dont il veut cultiver 5 000 hectares de plus d’ici à 2028.

Son pôle élevage renforce son activité dans la robotique. Le rachat en janvier d’un centre de distribution de robots de traite est venu doubler son activité dans le secteur : Océalia revendique déjà 800 robots (de marque Lely) en service et vise le millier en 2030.

Sa filiale de jardineries, Monplaisir, a racheté en mai 12 magasins dans la Vienne, les Deux-Sèvres et l’Indre, faisant d’elle le second réseau national sous enseigne Gamm Vert en nombre de magasins (83). Les pellets de Sybellis vont d’ailleurs lui bénéficier.

Les acquisitions vont se poursuivre, histoire de solidifier un peu plus. "Nous avons six autres projets de croissance externe en discussion", révèle Mathieu Staub.

La filiale du groupe agricole charentais Océalia, Jardineries Monplaisir, exploite 83 magasins Gamm Vert, comme ici à Niort (Deux-Sèvres), une activité en croissance — Photo : Océalia/Monplaisir

Fusions stratégiques

Les fusions, tout sauf anodines dans une des principales régions agricoles de France, sont l’autre partie visible de l’iceberg. Rejoignant les projets simultanés de rapprochement de Maïsadour avec Euralis et de Terres du Sud avec Vivadour, le Charentais espère bien faire coup double.

Fin mars, il a annoncé une association avec la Scar (Société Coopérative Agricole du Ribéracois, 106 salariés, 50 M€ de CA), présente en Dordogne et en Charentes en production céréalières et animales, avec laquelle un projet de fusion vient d'être validée ce 4 décembre.

En septembre, il est aussi entré en discussion pour devenir l’actionnaire majoritaire du groupe charentais Piveteau (80 salariés, 6 filiales, 82 M€ de CA en 2024), spécialiste du négoce agricole, pour muscler son jeu.

"Les fermes grossissent et le nombre d’agriculteur diminue, c’est devenu de l’industrie lourde, avec un fort besoin de maillage territorial, d’unité et de mutualisation, pour faire des économies."

"En France, la coopération agricole a environ 60 % de part de marché. On doit pouvoir faire des propositions aux 40 % restants, notamment à travers le négoce", assure Mathieu Staub, directeur général d’Océalia, pour qui ces regroupements paraissent plus que jamais nécessaires.

"Notre secteur a peu de valeur ajoutée, peu de marge et de grosses infrastructures comme les silos de collecte. Les fermes grossissent et le nombre d’agriculteur diminue, c’est devenu de l’industrie lourde, avec un fort besoin de maillage territorial, d’unité et de mutualisation, pour faire des économies".

Économie servicielle

En regardant encore un peu plus loin, on voit que ce besoin de rationaliser pour aller chercher de la rentabilité va au-delà des simples fusions. Océalia lorgne désormais vers l’économie servicielle. En lien avec sa politique RSE "sillon responsable", les contrats qu’elle signe avec les céréaliers (blé et orge) ne vendent plus des fongicides mais "un champ en bonne santé. Nos conseillers sont là pour apporter la bonne dose de produit au bon moment, en étant le plus précis possible pour en mettre le minimum. C’est un changement de disque dur pour la profession : on ne vend plus le produit mais le résultat".

11 000

Si la météo reste un aléa inévitable la coopérative gère elle-même le risque et propose d’indemniser les exploitants en cas d’échec. 11 000 hectares sont déjà convertis — sur 100 000 — et la demande est forte, car elle réduit la facture des charges opérationnelles des agriculteurs. "Tous ceux qui ont fait ça sont satisfaits. Cela dit, la pression maladie a été faible cette année donc le risque moindre. Il faudra voir le bilan sur plusieurs années." Le groupe ne s’interdit pas d’appliquer cette logique servicielle à d’autres pans de ses activités.

Dans ce contexte, continuer de grossir est-il préférable ? Et, surtout, quelle taille atteindre pour être assez solide ? "La bonne taille, c’est quand on a les pieds par terre", sourit Mathieu Staub. Si la terre en question est fertile, c’est encore mieux.

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