Numérique : Région et Métropole, quel dialogue ?

Numérique : Région et Métropole, quel dialogue ?

Gérard Collomb et Laurent Wauquiez ont misé sur des profils identiques pour piloter le numérique. Ces élues sauront-elles mener leurs projets respectifs en bonne intelligence ?

En à peine neuf mois Juliette Jarry, jeune vice-présidente de la Région issue de la société civile, dirigeante d'Adea-Présence à la ville, sera passée d'une délégation fourre-tout (économie de proximité, commerce, à l'artisanat, professions libérales, et numérique) à une délégation de mission. Ciblée cette fois uniquement sur le numérique (infrastructures, économie et usages). Une délégation qui l'amène à piloter l'un des plus gros chantiers du mandat de Laurent Wauquiez, le Campus numérique. Il faut sans doute y voir là une double reconnaissance. Des compétences et du savoir-faire de cette diplômée de Sciences Po d'abord, qui a créé son entreprise. Mais surtout une prise de conscience de Laurent Wauquiez qui a saisi toute l'importance qu'il convenait d'accorder, dans un territoire aussi disparate que le sien, au déploiement du numérique dans sa définition la plus large. De l'autre côté du Rhône, Karine Dognin-Sauze, élue depuis 2008, a elle aussi bénéficié de cette reconnaissance, au début du deuxième mandat de Gérard Collomb et à la faveur de la naissance de la Métropole. Tandis qu'auparavant les compétences liées au numérique étaient déployées à tous les étages, ils sont désormais regroupés au sein d'une Direction de l'innovation numérique et des systèmes d'information. En un seul service de 180 personnes.




Intérêt commun

Karine Dognin-Sauze est, elle aussi, issue de l'entreprise puisqu'elle a piloté la division liée à la franchise The Sims chez Electronic Arts avant de rejoindre GL events. Elle co- dirige aujourd'hui sa société de conseil en marketing de l'innovation Witty Cie (s-. Pour elle, le pragmatisme prévaut sur le reste, y compris en politique. Elle a ainsi pris son téléphone dès l'installation de la nouvelle équipe régionale et proposé à Juliette Jarry de la rencontrer, fin février. « De façon à lui faire gagner du temps » indique-t-elle. « Ma démarche ne relève pas d'un acte de sympathie en particulier, mais traduit l'importance que la Métropole accorde au numérique et aux échanges qui doivent à mon sens être les nôtres. Ce sujet me paraît par ailleurs politiquement peu clivant » estime l'élue. À la jeune élue, Karine Dognin-Sauze a exposé ses chantiers en cours : 900 km de fibres optiques déployées dans 1.700 sites et 410 zones d'activités (ZI ou ZA). Elle évoque aussi le projet " Pass Urbain " qui permet de fusionner les cartes de transport, parkings, lieux culturels et sportifs. Une expérience menée en 2017 pour un budget de 900k€. Sans oublier le déménagement prochain de Tuba. De son côté la vice-présidente régionale prend note. Non encartée, soucieuse d'être efficace, elle planche sur des sujets connexes et complémentaires. Dont le fameux Campus Numérique. Lieu de formation (initiale, continue, de reconversion) et de service aux entreprises, le Campus se veut à la fois incubateur et accélérateur sur le site de Charbonnière. Il irriguera aussi le territoire grâce à un déploiement " Hors les Murs ". « Nous cartographions ce qui existe pour impulser un système régional neutre et neuf » indique l'élue. Mais pour l'heure pas question d'en décrire les contours, ni le budget avant la présentation fin décembre du SRDEII (Schéma régional de développement économique, d'innovation et d'internationalisation).




Lieu Totem

« Nous ne ferons pas concurrence aux acteurs de la formation, indique Juliette Jarry. Nos partenaires changeront en fonction des besoins. Tout sera mis en oeuvre pour, insiste-t-elle, reconnecter les formations avec les besoins des entreprises « puisque 6 à 7.000 emplois ne sont pas pourvus ». Un autre chantier rejoint celui de la Métropole, celui des infrastructures. Pour la diffusion du très haut débit, la Région finance le déploiement à hauteur de 46 M€ sur 2016 (+39 % par rapport à 2015). Au total la Région compte 1.390 communes dont 90 % (soit 50 % de la population) dépendent de l'intervention régionale pour avoir accès au très haut débit. Non loin de Confluence, un autre projet avance : le futur site de la French Tech et son budget de 11 ou 12M€. Pourrait-il être un point de rencontre, symbolique, de deux politiques numériques plutôt volontaristes ? « Il s'agit d'une initiative nationale à laquelle nous n'avons pas l'intention de participer » tranche Juliette Jarry.