Fondée par Frédéric Varaine, ancien chef de projet du programme de réacteurs nucléaires Astrid et l’entrepreneur Jean-Eric Lucas, la start-up Otrera New Energy annonce la construction d’une usine de fabrication et d’assemblage de composants destinés à des réacteurs nucléaires de quatrième génération sur la commune de Les Pieux, près de Cherbourg-en-Cotentin (Manche).
Otrera (40 salariés), basée à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), chiffre son projet entre 40 et 50 millions d’euros, pour lequel la Région Normandie entre au capital de la start-up en partenaire minoritaire, mais a également versé une subvention de 1,5 million d’euros via Normandie Participations, son fonds d’investissement. D’autres financeurs ont participé au montage financier du projet, tels que des industriels (Reel International, Fortil Group, Ingerop), dont l’appui permettra, selon les deux fondateurs, d’industrialiser rapidement la production.
Créations de 200 emplois directs et 400 emplois indirects
Le calendrier est relativement serré : l’achat du terrain (12 000 m²) aura lieu en 2026, les travaux de construction de l’usine (7 000 m²) débuteront l’année suivante pour une livraison fin 2028. Début de la production en 2029. Dès le début de la phase opérationnelle en 2028-2029, le projet doit créer 200 à 250 emplois directs dans l’usine et le pôle technologique qui y sera associé, lequel aura pour vocation de tester les composants en cours de qualification pour faire les démonstrations auprès de l’ASNR (Autorité de Sûreté nucléaire et de radioprotection). Lesquels devraient être complétés par 400 emplois indirects et induits, en phase d’exploitation.
Une capacité électrique de 200 MW
La start-up veut fabriquer des composants technologiques de petite taille (cuves de réacteur, des échangeurs de chaleur, des pompes électromagnétiques et des barres rotatives de contrôle). Produits en grande série, ces composants serviront à construire des réacteurs nucléaires à neutrons rapides de quatrième génération refroidis au sodium, à la capacité de production électrique de 200 MW (dix fois moins puissant qu’un réacteur EPR, en puissance électrique installée) et de chaleur.
Une des applications de ces réacteurs pourrait concerner l’alimentation des réseaux de chaleur urbains. "Car ces réacteurs dont de la cogénération : toute la puissance thermique produite par le réacteur est valorisée, dans la mesure où la chaleur est un sous-produit électrique, précise Frédéric Varaine. Avec ce type de réacteur, 95 % de l’énergie produite par le réacteur est valorisée".
Ne plus dépendre des mines d’uranium
Une technologie "sur laquelle la France investit depuis 60 ans qui a une vraie cohérence, issue de ce que l’on appelle la fermeture du cycle, c’est-à-dire la souveraineté des ressources, décrit Frédéric Varaine. Car avec ces réacteurs, il n’y a plus de dépendance aux mines d’uranium souvent hors Union Européenne, la ressource nécessaire est sur le sol : c’est celle qui se trouve dans les assemblages usés des parcs EDF comme à La Hague et de l’uranium de retraitement que l’on trouve déjà sur notre sol". Ces réacteurs réutiliseront l’uranium de retraitement et le plutonium issu des centrales EDF, telle l’usine Melox qui se trouve sur le site de Marcoule (Gard). À terme, les marchés visés sont la France, l’Europe et l’Europe de l’Est où les réacteurs Otrera pourraient avantageusement remplacer les centrales thermiques.