Quel bilan dressez-vous de la précédente feuille de route de La Cantine ?
Plus de 15 000 entreprises sont passées par ce lieu historique et ont bénéficié d’un soutien pour relever leurs défis d’innovation, de business et d’impact. Sur la grande métropole nantaise, le numérique représente aujourd’hui quelque 15 000 emplois nets supplémentaires depuis 2014. Nous sommes passés de 20 800 à un peu plus de 34 500 en 2024.
Mais nous avons fait un constat : après le Covid, les attentes des entreprises ont changé. Les crises successives ont radicalement bouleversé le paysage B2B, avec des attentes beaucoup plus centrées sur le business et une raréfaction des financements. Notre ambition, très portée sur l’impact, a trouvé moins de prise avec la réalité quotidienne et opérationnelle de nos adhérents. Nous avons donc fait le choix de revoir en partie notre positionnement.
Justement, quels ont été les principaux succès et les difficultés rencontrées qui vous ont invité à revoir votre mission ?
En termes de succès, chaque année depuis 16 ans a été jalonnée d’événements inspirants et rassembleurs, à l’instar du Web2Day, le plus visible. Ce sont des milliers d’événements et de rencontres que nous avons organisés en 16 ans. Par exemple, les Gangs métiers, des ateliers de co-développement entre pairs, sont très populaires auprès de nos adhérents.
"Le dernier Web2Day nous a invités à une première remise en question"
A contrario, le dernier Web2Day nous a invités à une première remise en question avec une difficulté certaine à mobiliser des partenaires financiers. D’une façon générale, le vent a tourné. Les objectifs, qui tournaient avant autour de la marque employeur ou de l’impact, sont maintenant beaucoup plus axés sur le ROI (retour sur investissement, NDLR). Ce qui nous a conduits à tout remettre à plat : notre organisation interne, notre mission, notre vision et notre positionnement.
Comment la Cantine a-t-elle évolué ces dernières années face à la montée en puissance des start-up et des entreprises innovantes dans la région nantaise ?
Rappelons que la Cantine est une association. Nous comptons actuellement 285 adhérents, avec un objectif de 350 dans un an et 750 dans 5 ans. Nous avons également 15 partenaires financiers et un chiffre d’affaires de 1,8 million d’euros. Ces résultats montrent que notre modèle fonctionne et qu’il peut encore se développer. La Cantine a su évoluer au fil des années, passant d’un réseau uniquement de start-up à un écosystème très varié : porteurs de projets, start-up, scale-up, mais aussi PME, ETI, grands groupes, écoles, incubateurs, agences, freelances… Un écosystème, c’est un tout. Il faut des clients pour les start-up, qui ont aussi besoin des écoles, de financeurs… De même, l’innovation n’est pas le seul apanage des start-up. Nous englobons tout le monde.
Quels sont les besoins exprimés par les entreprises et les start-up accompagnées par La Cantine ces dernières années ?
Après de longs mois dédiés à l’écoute du réseau et aux rencontres avec les différentes parties prenantes, plusieurs besoins clés ont émergé parmi les entreprises et start-up accompagnées par La Cantine. Elles souhaitent avant tout davantage de business et de mise en relation pour développer leurs activités. Elles expriment aussi un besoin accru d’entraide et d’une plus grande attention portée à la santé des structures adhérentes. Les entreprises souhaitent également un meilleur accès à l’intelligence artificielle. Enfin, elles demandent davantage de solutions de financement, ainsi que des "learning expeditions" et des initiatives inspirantes pour nourrir leur créativité et leurs projets.
Quels seront les axes prioritaires de cette nouvelle feuille de route ?
Pour être en adéquation avec notre vision, nos missions et les attentes du réseau, voici les 5 objectifs de notre feuille de route 2025. D’abord, ouvrir le réseau, au-delà du numérique. Multiplier les opportunités business pour nos adhérents. Démocratiser l’usage de l’IA. Prendre soin de la santé des structures et de leurs dirigeants. Enfin, fédérer et impliquer tout l’écosystème.
" L’IA apparaît logiquement comme le prochain territoire à conquérir"
Comment La Cantine prévoit-elle de s’adapter aux nouveaux enjeux économiques, environnementaux ou technologiques qui ont émergé, comme l’IA ?
Après avoir défriché et porté le numérique pendant plus de 15 ans, l’IA apparaît logiquement comme le prochain territoire à conquérir. Ainsi, nous lançons dès mars 2025 notre "Cycle IA", un dispositif ambitieux et complet autour de l’IA et de ses usages pour tous les publics. Nous accueillerons dès mars le lancement des "Cafés de l’IA" en partenariat avec le Conseil national du numérique et Audencia, des événements grand public récurrents autour de l’IA pour échanger, découvrir, tester et débattre. En parallèle, l’IA s’invite dans nos axes éditoriaux avec tous les trimestres une conférence inspirante avec une personnalité reconnue de l’IA.
Allez-vous renforcer votre collaboration avec des partenaires locaux (collectivités, universités, entreprises) dans le cadre de cette nouvelle stratégie ?
Notre vision est essentiellement tournée vers un rôle de catalyseur, d’émulateur territorial. Nous souhaitons et devons tendre la main aux autres acteurs pour clarifier et muscler l’offre aux entreprises locales. Nous allons notamment renforcer nos liens avec des acteurs du territoire (Nantes Saint-Nazaire Développement, _icilundi, ADN Ouest, Atlanpole…) pour apporter à l’écosystème des solutions pérennes et complètes.
Nous travaillons également au quotidien pour créer des opportunités business avec les PME / ETI du territoire grâce au programme "Je choisis la French Tech" soutenu par de nombreux réseaux partenaires et communautés French Tech en région. Nous nous rapprochons des services publics pour aider les entrepreneurs à aller plus vite dans leur développement grâce au programme French Tech Central notamment avec l’APEC, l’URSSAF, La Banque de France ou encore l’OPCO Atlas.
Vous êtes-vous rapprochés de nouvelles personnalités qui ont récemment émergé ?
La Cantine, depuis ses débuts, a toujours su s’entourer de personnalités du territoire. En octobre dernier, nous avons fait le choix d’élargir encore la gouvernance de notre conseil d’administration à des personnalités de tout bord : institutionnels, industriels, réseaux, incubateurs, start-up, scale-up… On peut citer Nolwenn Belléguic (Lhyfe), Claire Bretton (Underdog), Sébastien Leroy (Daher) ou Nicolas Debon (NSD) parmi les personnalités nous ayant rejoint.
Quels objectifs La Cantine s’est-elle fixés à moyen terme, notamment en matière de création d’entreprises ou d’aide à la levée de fonds ?
La Cantine, qui désormais s’appelle La Cantine X La French Tech Nantes, va porter plus que jamais les sujets entrepreneuriaux. Avec La French Tech, nous avons pour ambition de devenir la porte d’entrée des start-up et scale-up sur le territoire nantais. Nous avons renforcé l’équipe dédiée au développement de l’entrepreneuriat qui anime également les structures d’accompagnement du territoire. Cette année notre programme Maia Mater se transforme en accompagnant plus de 15 projets à impact positif et en se focalisant sur des méthodologies de UserResearch et d’idéation.
"Nous souhaitons pour 2025 embarquer plus de partenaires industriels et collaborer étroitement pour les matcher avec les start-up locales"
En parallèle, nous lançons notre "Cycle Financement", une boîte à outils pour aider les adhérents dans leur recherche de financement : collaborations avec les banques de l’innovation, organisation de rencontres start-up/VC dans des lieux atypiques, création d’un centre de documentation, et bien sûr, des événements dédiés.
Quels secteurs d’activité ou filières spécifiques (FoodTech, HealthTech, Greentech, Fintech, etc.) souhaitez-vous prioriser dans vos futures actions ?
L’industrie est un secteur d’activité avec lequel nous travaillons main dans la main depuis plusieurs années, avec des acteurs comme Daher notamment. Nous souhaitons pour 2025 embarquer plus de partenaires industriels et collaborer étroitement pour les matcher avec les start-up locales. La santé est aussi un terrain de jeu incroyable, grâce notamment à tout ce qui arrive dans le sillage du futur CHU. Nous devons aller sur ces terrains.