Emrys, dont le siège social se trouve en Haute-Savoie, vient de fêter ses 10 ans au Casino de Paris. Quel bilan dressez-vous de ces dix premières années ?
Nous avons eu une croissance très rapide. Nous sommes devenus le leader en France de la revente de cartes-cadeaux aux particuliers. Nous avons développé un opérateur mobile, notre propre moyen de paiement avec la MasterCard Emrys et l’application de paiement associée. L’entreprise a aussi créé sa propre marque de produits nutritionnels Emrys Nutrition.
Nous avons développé beaucoup de choses, sans doute trop vite. Emrys Mobile et Emrys Pay ont été lancés en 2023 tout en gérant la croissance d’Emrys Nutrition. Et pour être honnête, nous n’avons pas bien maîtrisé la qualité de ces services et nouveaux métiers, avec au final pas mal de défauts à corriger. Résultat, l’année 2024 a été bien perturbée. L’entreprise a perdu des membres et notre chiffre d’affaires, qui était de près de 17 millions d’euros en 2023, devrait baisser en 2024.
Quelle leçon en tirez-vous ?
La leçon que j’en tire, c’est que nous allons faire une pause dans le développement de nouveaux projets pour corriger les défauts et nous concentrer en 2025 sur la satisfaction de nos clients.
Quid de l’offre Emrys Énergie que vous aviez annoncée en 2022 et qui avait été reportée en raison d’un marché énergétique chahuté ?
Emrys est en train de la lancer toujours sur le même modèle de solidarité, qui consiste à acheter en gros et d’être commissionné sur les volumes que l’on vend à nos membres.
Quel est justement le modèle économique d’Emrys ?
Notre modèle est celui d’une coopérative de consommateurs qui part du principe qu’ensemble on est plus fort, et qu’en achetant de plus gros volumes on a un plus gros pouvoir de négociation. Nous nous présentons donc comme un acheteur unique ce qui nous permet de négocier des avantages sur des gros volumes que nous ne pourrions pas négocier seul. Nous achetons des cartes-cadeaux et nous en retirons des commissions sur les volumes que nous répartissons ensuite entre les membres. Quand on achète des cartes-cadeaux avec Emrys, on gagne des avantages qui s’appellent des Emrys Coin. Ces Emrys Coin créent des parts dans notre système fidélité. Plus on est fidèle longtemps, plus ces parts se développent et nous rapportent.
Concrètement, quel est le bénéfice pour un membre ?
Il y a deux types de membres. Les premiers s’inscrivent gratuitement. Ce sont les membres qui veulent obtenir des avantages fidélités sur leurs achats. On ne promet pas la fortune mais on peut facilement leur faire réaliser quelques dizaines d’euros par mois d’économie. Le second statut propose de devenir distributeur, de bâtir une équipe et animer cette équipe de consommateurs. Et là, si on a des équipes qui atteignent des volumes d’achats importants, on peut prétendre à des primes mensuelles.
On vous a reproché d’être un peu borderline, d’avoir un fonctionnement qui s’apparente à un système pyramidal. Que répondez-vous à cela ?
Je suis tout à fait serein sur cette question. Un système pyramidal est interdit par loi. C’est un système dans lequel les membres sont rémunérés sur le recrutement de nouveaux investisseurs qui sont obligés d’acheter un produit pour entrer dans un système. Ce n’est pas notre cas. Chez Emrys, on ne demande pas de somme d’entrée qui sert de rémunération à ceux du dessus. On n’est pas forcé d’acheter un produit. On consomme tous ensemble, on génère des commissions qui sont facturées à des fournisseurs comme Carrefour, Auchan ou la Fnac.
C’est un vrai service apporté et les commissions sont réparties. On appelle ça de la vente en réseau. Quand on ne connaît pas bien les lois et le système, on peut résumer en disant que c’est borderline, mais la différence c’est qu’une société de vente en réseau, si elle est bien gérée, dans 50 ans elle sera toujours là. Dans le système pyramidal, dès qu’il n’y a plus assez d’investisseurs qui entrent, la société s’écroule. Et Emrys est là pour très longtemps !
Quels sont justement vos projets à long terme ? Poursuivre votre logique de diversification d’offres ?
Oui mais avec prudence. Notre métier c’est de développer une communauté et d’apporter cette communauté à des clients professionnels. C’est ce que nous avons fait dans la nutrition en nous associant à deux nutritionnistes. Nous n’allons pas nous lancer nous-même dans de nouveaux métiers. Ce serait trop risqué. L’objectif va surtout être de continuer à faire grandir notre réseau de membres et à l’animer. Aujourd’hui, Emrys c’est une communauté de 250 000 membres inscrits depuis la création de la société dont environ 60 000 membres fidèles et actifs tous les mois. Et nous avons vocation à élargir cette communauté en démarrant dès 2026 notre expansion européenne.
C’est-à-dire ?
Nous allons ouvrir d’autres pays, à commencer par l’Italie et l’Espagne, sur le même modèle que la France. Nous poursuivrons ensuite notre développement dans la zone euro avec dans l’idée de couvrir tous les pays où il y a des consommateurs qui veulent faire des économies. Cette expansion européenne se fera grâce à notre nouveau site internet multilingues et multidevises qui sera livré d’ici-là. Depuis la Tunisie où je réside, je gère 14 personnes au SAV et j’ai monté une structure de développement informatique dont la première mission est justement la refonte du site Emrys.
Les dix prochaines années seront donc celles de l’expansion européenne d’Emrys ?
Pas seulement. Nous allons aussi aller plus loin sur les moyens de paiement en créant sous 4 à 5 ans une filiale qui aura le statut d’établissement de paiement. Ce qui nous permettra d’émettre nous-même nos bons prépayés en signant directement des accords avec nos enseignes partenaires. Nous en avons aujourd’hui plus de 200. Nous pourrons également créer la carte-cadeau multi-enseignes et même l’adosser directement sur notre MasterCard. Ce qui facilitera grandement l’expérience clients et donc le développement d’Emrys.