Alain Marion, vous coprésidez l’association 60 000 Rebonds dans le Grand Ouest. Quel bilan dressez-vous de l’année 2024 ?
La hausse des pertes d’emploi des chefs d’entreprise touche l’ensemble des régions françaises. Mais seules trois d’entre elles franchissent le seuil de plus 20 % sur un an. C’est le cas des Pays de la Loire, où 2 568 chefs d’entreprise ont perdu leur emploi, soit une progression de près de 27 % sur un an. Et malheureusement la tendance risque de se poursuivre en 2025. Le Maine-et-Loire (+ 32 %) et la Sarthe (+ 21 %) ont connu la plus forte augmentation. Mais la Loire-Atlantique et la Vendée cumulent le plus grand nombre de pertes d’emploi : respectivement 1 026 et 453. Ces chiffres sont corrélés à la hausse des défaillances d’entreprise. En 2024, 60 000 Rebonds a accompagné 189 entrepreneurs dans le Grand Ouest. C’est un record !
Jean-Yves Germain, vous dirigez l’antenne de 60 000 Rebonds en Vendée. Quelle est la situation dans ce département où le chômage est traditionnellement faible ?
En 2024, notre antenne, créée en 2018, a accompagné 17 chefs d’entreprise grâce à ses 32 bénévoles. Comme ailleurs dans les Pays de la Loire, ce sont les TPE qui paient le plus lourd tribut aux aléas économiques, politiques et géopolitiques. Les secteurs les plus touchés sont la construction et le transport-logistique. L’industrie a mieux résisté. Les entrepreneurs concernés sont souvent dans une grande détresse. Certains nous disent : "nous ne sommes plus rien, nous ne sommes même pas chômeurs."
Quel accompagnement leur propose 60 000 Rebonds pour les aider à rebondir ?
Jean-Yves Germain : Nous proposons un parcours qui peut aller jusqu’à 24 mois. Les entrepreneurs en rebond sont accompagnés par un parrain ou une marraine (144 dans la région), généralement d’anciens dirigeants qui apportent un regard entrepreneurial et économique. Tandis que les experts (avocats, DRH…), également bénévoles, apportent des compétences plus pointues. Ils bénéficient également de sept séances de coaching d’une heure 30 chacune. Gratuites et dispensées par des coaches certifiés, elles ont pour but de les aider à se reconstruire, à retrouver la confiance en soi… Un tiers des personnes que nous accompagnons rebondissent en créant une nouvelle entreprise ; deux tiers repartent sur un projet salarial. Nous avons besoin d’être davantage identifiés et de recruter de nouveaux bénévoles pour intensifier notre accompagnement.
60 000 Rebonds travaille-t-elle également à changer le regard sur l’échec ?
A. M. : Oui, c’est une de nos missions. Il est choquant de voir l’état de culpabilité, voire de honte, des chefs d’entreprise après une liquidation judiciaire. Ce sentiment constitue, d’ailleurs, un frein pour venir chercher de l’aide auprès de l’association. C’est pourquoi, nous nous sommes mobilisés au niveau grand Ouest, pour contribuer à changer ce regard sur l’échec. Nous avons ainsi recueilli 14 témoignages à partir desquels nous avons créé une bande dessinée, avec l’aide d’un scénariste et d’un dessinateur. Cet outil pédagogique, tiré à 20 000 exemplaires, sera diffusé gratuitement auprès d’étudiants et scolaires à partir de septembre 2025. Il sera également vendu en librairie.