Allier
"Nous aurions pu céder aux sirènes du marché et vendre le parc"
Interview Allier # Parcs de loisirs # Investissement

Arnaud Bennet président du parc Le PAL "Nous aurions pu céder aux sirènes du marché et vendre le parc"

S'abonner

Implanté à Saint-Pourçain-sur-Besbre dans l’Allier, Le PAL rouvrira ses portes le 19 avril avec notamment un nouveau monorail sur le thème des montgolfières. Cette saison sera pour Arnaud Bennet, président des lieux, la dernière des 36 saisons à la tête de ce parc avec ses 31 attractions et ses 1 000 animaux. La succession se fera "dans la continuité " pour que l’aventure, démarrée en 1973, reste familiale.

Arnaud Bennet, le président du parc Le PAL dans l’Allier — Photo : wwww.photopointcom.fr

Le parc rouvre dans quelques semaines, qu’est-ce qui attend les visiteurs ? Quels sont les nouveaux investissements ?

L’an dernier, nous avons ouvert une toute nouvelle zone thématique dans une ambiance scandinave avec un grand huit aquatique. Nous continuons sur cette dynamique d’investissements avec, cette année, une nouvelle enveloppe de 8 millions d’euros. Nous avons totalement démonté et repensé le monorail qui se promenait au-dessus du parc. Les petites voitures laissent leur place à des nacelles de montgolfières, plus familiales car pouvant accueillir 6 personnes. Il y aura aussi une nouvelle boutique de confiserie et puis, nous continuons à investir pour le bien-être des animaux avec, par exemple, des volières dédiées aux oiseaux de vol plus grandes, plus pratiques aussi pour les soigneurs. Enfin, nous réalisons beaucoup d’aménagements dans des parties moins visibles du public pour agrandir la clinique vétérinaire ou les vestiaires et les bureaux de nos collaborateurs. Le parc a connu une forte croissance ces dernières années. Nos effectifs sont passés, en dix ans, de 130 équivalents temps plein à 230. Nous comptons désormais 110 permanents et 380 saisonniers, il faut donc adapter nos infrastructures.

Investir, est-ce dans l’ADN du parc ?

C’est la clé de la réussite dans ce secteur des parcs de loisirs. Il faut réinvestir pour, à la fois, fidéliser et donner envie de revenir mais aussi renforcer l’attractivité et attirer de nouvelles clientèles. Et c’est encore plus vrai en région et notamment pour le PAL, car nous sommes dans une zone faiblement peuplée. Le département compte 430 000 habitants et nous avons 900 000 habitants dans un rayon de 100 km. Quand, pour d’autres parcs, cela tourne autour des 10 millions de personnes. Cela nous oblige à surinvestir. Nous avons un des taux de réinvestissement les plus importants du marché, de l’ordre de 20 à 30 % de notre chiffre d’affaires (33,8 M€ l’an dernier, NDLR) quand le secteur est plutôt à 15 %. Mais en étoffant notre offre, cela a aussi permis d’allonger la durée des visites et de développer une activité hébergement qui représente aujourd’hui 20 % de notre chiffre d’affaires. C’est un vrai relais de croissance. Ces investissements nous permettent de nous positionner entre la 5e et la 6e place des parcs français, avec 730 000 visiteurs l’an dernier.

Le Pal est ouvert moins de la moitié de l’année, pourquoi ce choix ?

Nous sommes l’un des parcs qui ouvre le moins longtemps, seulement 5 mois et demi par an. Ce qui veut dire que pendant plus de 6 mois, nous n’avons que des charges et aucune rentrée d’argent. Il faut donc que le modèle soit performant. Mais nous préférons nous concentrer sur une saison courte car ce ne serait pas rentable d’ouvrir l’hiver. Nous sommes géographiquement isolés et très météo dépendants, il serait donc difficile d’attirer des visiteurs à cette période. Finalement, nous profitons de cette fermeture d’intersaison pour réaliser les travaux d’investissement et de maintenance.

Après 36 ans à la tête du PAL, Arnaud Bennet passera le témoin à son fils aîné en 2026 — Photo : DR

C’est votre dernière saison en tant que président du PAL. L’un de vos fils, âgé de 36 ans, prendra votre succession en 2026. Comment cela s’est-il décidé ?

Nous aurions pu céder aux sirènes du marché et vendre le parc. Des groupes du secteur étaient intéressés, ainsi que des fonds d’investissement. Mais jamais nous n’aurions vendu à un fonds d’investissement. Ce n’est pas un bon modèle pour notre secteur. C’est une financiarisation des entreprises qui est néfaste dans la durée pour les parcs et qui contribue à les paupériser. Ces fonds achètent des parcs pour les garder 5 ans et en attendent un retour sur investissement rapide et important. Cette logique financière est en contradiction avec la vision de long terme nécessaire au développement harmonieux des entreprises et de leurs équipes. On le constate notamment avec Parques Reunidos (propriétaire du parc Marineland à Antibes, qui vient de fermer, NDLR). Finalement, nos trois enfants ont voulu poursuivre l’aventure familiale. Ils ont décidé ensemble que ce serait notre fils aîné qui me succéderait. Il a passé 6 ans dans un groupe européen de parcs comme directeur des opérations mais a préféré le quitter pour reprendre les rênes du PAL.

"Nous préparons, également, les années à venir avec notamment un projet d’envergure à 18 millions d’euros pour 2028".

Comment avez-vous préparé ce passage de relais ?

Il suffit de regarder le nombre d’échecs de transmission d’entreprise avec des familles qui se déchirent, des ventes en catastrophe… nous voulions éviter ces erreurs, et préserver l’entreprise et ses équipes. Avant que nos enfants prennent leur décision, ils ont été épaulés dans leur projet par des coachs et psychologues pendant 6 à 8 mois. Avec mon épouse, nous voulions avant tout préserver la fratrie et ne rien leur imposer. Notre aîné présidera Le PAL, mais nos deux autres enfants seront dans le board de gouvernance et associés aux décisions stratégiques. Notre deuxième fils va aussi travailler sur des projets de croissance externe, tout en conservant son poste dans la finance. En ce moment, je vis une période fantastique de transmission, de partage de connaissances et d’expérience… Nous préparons, également, les années à venir avec notamment un projet d’envergure à 18 millions d’euros pour 2028. Une nouvelle zone avec une grosse attraction. Nous lançons les premières études, les demandes de permis de construire, cela prend beaucoup de temps. Et puis, les carnets de commandes des constructeurs sont bien remplis avec des délais de 2-3 ans, donc il faut anticiper.

Vous allez quitter l’entreprise après 36 ans de présidence mais la suite se fera-t-elle dans la continuité ?

Cette reprise familiale est de nature à rassurer nos collaborateurs. Dans les entreprises, il y a des cycles. La technique et la communication évoluent avec le développement de l’IA, des réseaux sociaux… Il faut une génération qui soit baignée dans cette culture. Nous allons les laisser suivre leur vision avec des outils qui ne sont pas les nôtres. La suite de l’histoire reste à écrire. De notre côté, avec mon épouse, nous allons nous investir pour développer la Fondation Le PAL Nature qui soutient des programmes en Afrique, en Asie… pour la conservation de la biodiversité et de son habitat. Et puis, nous resterons présents pour accompagner nos enfants. Mais seulement s’ils en éprouvent le besoin.

Allier # Parcs de loisirs # Investissement