Après un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’euros en 2024, comment jugez-vous la performance de Loxam en 2025 ?
2025 restera une année de transition. Nous pensions que le marché allait repartir, notamment dans la construction résidentielle neuve, mais cette reprise ne s’est pas concrétisée.
Dans ce contexte, nous enregistrons un chiffre d’affaires en baisse d’environ 4 %. Mais il faut rappeler que 2024 avait été une année exceptionnelle, notamment portée par les Jeux olympiques de Paris 2024 qui avaient généré près de 50 millions d’euros d’activité. Si l’on neutralise cet effet, la baisse est en réalité plus proche de 2 %.
Dans un marché peu dynamique, nous avons surtout démontré la résilience de notre modèle, avec des relais de croissance dans les infrastructures, les énergies renouvelables, les data centers ou encore l’événementiel. Nous comptons 11 500 salariés.
Quels segments et quels clients ont-ils le plus soufferts ?
Le résidentiel neuf est clairement le segment le plus en difficulté. C’est là que la reprise était attendue et qu’elle n’a pas eu lieu.
Côté clients, les grands comptes ont globalement bien résisté. En revanche, nous avons observé un ralentissement plus marqué chez les PME, qui ont davantage été affectées par le manque de visibilité économique.
Toutes les zones géographiques ont-elles évolué de la même manière ?
Non, il y a de fortes disparités. L’Europe du Sud reste bien orientée, dans la continuité de 2024. À l’inverse, les pays nordiques, notamment la Suède et la Finlande, ont continué à reculer, en raison de leur forte exposition au résidentiel neuf.
Cela étant, la dynamique s’est nettement améliorée au fil de l’année. Nous avons commencé 2025 dans un contexte difficile, mais trimestre après trimestre, la situation s’est redressée. Et nous terminons l’année avec une croissance sur nos trois grandes divisions.
Qu’en est-il du Moyen-Orient, dans un contexte géopolitique incertain ?
Le Moyen-Orient reste une zone sous surveillance en raison du contexte actuel, mais il ne faut pas oublier qu’il y a aussi de l’activité, et même des opportunités.
Nous y sommes principalement positionnés sur des projets liés à l’énergie et aux grands chantiers industriels, avec des besoins importants en solutions temporaires, notamment en production d’électricité et en équipements modulaires. Ce sont des marchés où notre expertise est reconnue.
Cela représente une part encore limitée de notre chiffre d’affaires, autour de 2,5 % , mais ce sont des activités techniques, à forte valeur ajoutée. Nous restons donc présents et attentifs à l’évolution de la situation, sans que cela ne remette en cause l’équilibre global du groupe.
Avez-vous réussi à préserver votre rentabilité ?
Oui, même si l’année a mécaniquement pesé sur nos marges. La marge d’EBITDA recule légèrement d’environ un point, pour s’établir à 36 %, soit 935,3 millions d’euros.
Cette érosion reste limitée et s’explique en partie par des éléments non opérationnels, comme la baisse des cessions de matériels d’occasion. Sur le cœur de l’activité, la performance reste solide.
Quels faits marquants retenez-vous en dehors des résultats financiers ?
Nous avons enregistré de très bons résultats sur les volets humains et sociétaux. Nous sommes désormais certifiés Great Place to Work dans 22 pays, ce qui couvre plus de 90 % de nos collaborateurs.
Et surtout, nous avons réalisé des progrès spectaculaires en matière de sécurité. En trois ans, nous avons réduit de plus de 50 % notre taux d’accidents, avec un niveau aujourd’hui parmi les meilleurs de notre secteur. C’est le fruit d’un travail de fond sur la formation et la culture managériale.
Où en est votre stratégie d'acquisitions ?
Nous envisageons de relancer notre stratégie d'acquisitions. Cela fait deux ans que le marché est resté très calme et que nous n'avons réalisé que très peu d'opérations.
Si l'activité repart, nous pensons que des opportunités vont réapparaître. Le secteur reste extrêmement fragmenté. Nous sommes leader en Europe avec seulement 8 % de parts de marché, ce qui laisse encore beaucoup de place à la consolidation.
Nous recevons déjà de nombreuses sollicitations, souvent spontanées. Notre approche reste toutefois très sélective. L'enjeu n'est pas seulement de croître, mais de bien intégrer les entreprises que nous rachetons. C'est un critère déterminant dans nos décisions.
Quelles sont vos perspectives pour 2026 ?
Le consensus est que 2025 a marqué le point bas du cycle. Nous anticipons donc une reprise en 2026, même si elle reste progressive.
Le début d'année est encore perturbé, notamment par des conditions météorologiques défavorables en Europe, mais cela ne remet pas en cause notre trajectoire. Nous visons une croissance du chiffre d'affaires.
Nous prévoyons également d'augmenter nos investissements, dans l'achat des matériels qui composent nos parcs de machine, avec une enveloppe d'environ 500 millions d'euros, contre 320 millions en 2025.
Vous investissez également dans l’économie circulaire, notamment avec un centre de réemploi…
Ce futur site va tripler de taille. Il nous permet de récupérer des équipements en fin de vie, de démonter les pièces encore utilisables pour les réinjecter dans notre réseau, ou encore de reconditionner certains matériels, comme les modules de construction.
C’est un outil clé de notre stratégie de circularité. Il nous permet à la fois de réduire nos coûts, de limiter les déchets et d’améliorer notre empreinte environnementale. Et à terme, ce modèle pourrait être décliné dans d’autres zones géographiques du groupe.
Votre organisation reste partagée entre Paris et la Bretagne…
Oui, et c’est un équilibre auquel nous tenons. Le siège social reste historiquement basé à Caudan, près de Lorient, où se trouvent notamment nos fonctions comptables et financières. Environ une centaine de collaborateurs y travaillent aujourd’hui.
La direction centrale est installée à Paris, où sont regroupées environ 300 personnes. Ce positionnement s’explique par notre développement international, qui nécessite des déplacements fréquents.
Ce modèle hybride fonctionne très bien : il nous permet de conjuguer ancrage territorial fort et ouverture à l’international, tout en fidélisant nos équipes.