Notariat : Mille emplois bretons menacés
# Conjoncture

Notariat : Mille emplois bretons menacés

Maître Bernard Drouvin,
président du conseil régional des notaires de l'Ouest. « Si le projet de loi Macron sur les professions réglementées est voté tel qu'il est présenté, nous avons des craintes énormes. D'une part sur le nombre des offices, puisque le maillage ne pourra plus être assuré ; d'autre part sur nos marges, que l'État veut baisser de 20 %. Nous sommes aujourd'hui 732 notaires sur les cinq départements bretons, qui travaillons au sein de 370 études, et employons 5.000 salariés. Ce n'est pas possible : on ne peut pas augmenter le nombre de notaires et en même temps faire baisser le chiffre d'affaires des notaires de 20 % ! Nos charges, elles, ne vont pas baisser. Résultat, un quart d'entre nous vont disparaître ! 1.000 salariés bretons pourraient ainsi perdre leur emploi. Nous sommes pour une augmentation du nombre de notaires, mais progressivement. On ne peut pas réformer n'importe comment. Il faut rappeler que pour ouvrir une étude, nous devons avoir recours à un très lourd emprunt, que nous mettons plus de quinze ans à rembourser. C'est une prise de risque. Avec la loi Macron, tout diplômé en notariat pourrait s'installer où bon lui semble. Il y aura donc plus de concurrence sans qu'il y ait, pour autant, plus d'actes ! Et une désertification juridique dans certaines zones peu attractives est à craindre, à l'image de ce qui touche la profession de médecin généraliste aujourd'hui. Notre mission d'accès au droit, de service public est remise en question. Nous étions la dernière profession qui conseillait gratuitement ses clients. Ce sera fini. Les notaires seront obligés de tout faire payer, de compter leur temps. Aujourd'hui, le notaire est un chef d'entreprise comme les autres. Nos entreprises ne peuvent pas perdre 20 % de leur chiffre d'affaires ! Beaucoup vont donc se trouver en difficulté. La future loi Macron remet aussi en question l'équilibre financier des études par l'abandon du principe du tarif proportionnel, qui permettait d'équilibrer les « gros » et les « petits » actes. Ces derniers deviendront plus chers, et ne seront plus faits par les notaires, car les clients se tourneront vers l'aide juridictionnelle. »

  • LE COUP DE GUEULE
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