NormandieAeroEspace : « Il n'y aura pas d'avion tout chinois avant 2030 »
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NormandieAeroEspace : « Il n'y aura pas d'avion tout chinois avant 2030 »

Président de la filière NormandieAeroEspace (NAE) et directeur technologie et innovation du site Thales à Ymare , Philippe Eudeline revient sur la sortie du premier avion de ligne conçu et fabriqué en Chine et explique pourquoi le chemin à accomplir par l'Empire du Milieu est encore long avant de pouvoir concurrencer Airbus et Boeing.

La Chine a dévoilé son premier avion de ligne le C919, conçu et fabriqué sur son sol. Comment percevez-vous cette évolution ?

Les Chinois ont une volonté stratégique de développer leur aviation aéronautique car ils souhaitent se positionner sur plusieurs créneaux : MA700 Turboprop, ARJ 21 régional, C919 moyen-courrier et C929 long courrier. Ils veulent se développer mais comme dans d'autres domaines de très haute technologie où ils ont du mal à passer d'un fournisseur local à un fournisseur international. Les qualifications et les montées en cadence vont être longues.

Est-ce déjà une concurrence à craindre pour l'aéronautique française et européenne ?
L'industrie française est très forte en aéronautique grâce à une expérience qui s'est accumulée en plusieurs générations. Il faut du temps pour acquérir l'ensemble de ces compétences et leur complexité. Les Chinois font face à de nombreuses difficultés en termes de standards de fiabilité et de qualité internationaux très élevés. Ce qui fait que le marché devrait rester stable jusqu'en 2030 avec 80 % des contrats pour les deux grands avionneurs Boeing et Airbus et 20 % pour les autres. On estime qu'à horizon 2030 la Chine pourrait couvrir 10 % des contrats.

Cependant, les Chinois disposent d'une forte capacité de production industrielle et peuvent progresser en compétences...
Pour réaliser leurs avions, les Chinois font appel à des sociétés étrangères. Par exemple, les nacelles des C919 sont réalisées par Aircelle et plusieurs PME normandes livrent des pièces ou sont impliquées dans la conception pour ces avions chinois (Acerel, Akka technologies, Sumpar, Boue, Dedienne, Ateliers Maugars, Ndlr). Bien sûr, les Chinois vont chercher à monter en compétence afin d'acquérir leur indépendance. Mais, d'ici là, les technologies vont beaucoup évoluer et il faudra que les Chinois investissent en R & D s'ils veulent suivre le rythme. C'est pourquoi, il nous faut continuer à investir dans la R & D pour garder de l'avance. Notre intérêt est d'investir dans l'usine du futur avec plus de robotique et de numérique. Car, si aujourd'hui la Chine est compétitive en matière de main-d'œuvre, avec l'usine du futur elle perdra cet avantage. Et si l'usine du futur aura un impact en terme d'emploi, elle générera aussi de nouveaux emplois très qualifiés et permettra de créer de la richesse. Il faut que la formation et l'enseignement s'orientent vers ces nouvelles compétences.

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