Pas la peine de chercher midi à quatorze heures! La formation de ses salariés peut aussi s'appuyer sur des ressources internes, parfois tout aussi innovantes et performantes qu'un prestataire extérieur. Certaines sociétés nordistes dépassent également le cadre réglementaire pour mieux former leurs salariés, se différencier et prendre une longueur d'avance.
Créer sa propre école: Apen l'a fait à Roubaix Créée en 1999, la société roubaisienne Apen (CA: 5,7M€) salarie 250agents de sécurité, présents notamment dans les grandes surfaces, galeries marchandes, universités, événements comme la fête de la musique à Paris... Membre du Syndicat national des entreprises de sécurité privée (Snes) et de la CGPME, son dirigeant Moez Ben Khelil s'est basé sur une grille nationale de métiers repères pour les adapter à son entreprise. «Depuis 2005, les pouvoirs publics veulent professionnaliser le métier. L'accent est mis sur la sécurité mais les diplômes ne font pas de nous des agents de sécurité, atteste-t-il. La loi prévoit une formation spéciale dans ces métiers mais la réglementation n'est pas suffisante. Nous avons été plus loin en apportant notre savoir-faire sur le langage, le sens des mots, la gestion des conflits, l'attitude à adopter jusqu'à la maîtrise physique face à un agresseur...» Apen a créé sa propre école de formation interne en lançant en 2007 une filiale dédiée: Apen IFC pour Institut de formation et de conseils. Cette entité spécifique forme notamment à la protection incendie. Le budget alloué s'élève de 40 à 50K€ par an. «Nous avons créé un livret pratique sur les savoirs, savoir-être et savoir-faire. C'est très différenciant commercialement pour nos clients, par rapport à des sociétés qui ne formeraient pas leurs salariés», souligne Moez Ben Khelil. «C'est une démarche et un gage de qualité, une stratégie gagnante à long terme. Nous donnons une perspective d'avenir à l'entreprise. Le métier évolue; nous évoluons aussi», ajoute son associé Jan Bantegnies, formateur. Aujourd'hui, l'expertise de la société Apen est telle que ses confrères font appel à elle pour former leurs salariés.
Verspieren volontariste À métiers de pointe, formations de pointe. Chez Verspieren (1.612salariés, CA: 255,3M€), à Wasquehal, la politique de formation se veut volontariste. Le courtier y consacre 3 à 5% de sa masse salariale, quand la réglementation impose 1,2%. «Il y a une volonté affichée claire de l'entreprise. La formation, nous en avons besoin pour toujours monter en compétences. Nous sommes sur des métiers très spécialisés, explique Anne Louvieaux, responsable RH. Nous devons être les meilleurs dans notre secteur très concurrencé.» Verspieren a la réputation d'être une excellente «école» par rapport à une pénurie de profils dans le domaine du courtage en assurances. «La formation est une obligation pour nous, car nous manquons d'écoles dans la région. Nous formons nos nouvelles recrues bardées de diplômes mais qui manquent de culture générale, de management... Nous recrutons de bonnes bases que nous travaillons à l'externe comme à l'interne, sous la forme d'un coaching très spontané qui met aussi en valeur les compétences de nos collaborateurs anciens et fidèles», conclut Anne Louvieaux.
Tél. (Apen): 03.20.73.16.93. Tél. (Verspieren): 03.20.45.71.00.
En matière de formation, la région Nord - Pas-de-Calais innove. Les prestataires locaux développent des supports et programmes de formation originaux comme les serious games, qui séduisent les entreprises. Certains dirigeants n'hésitent pas à créer eux-mêmes leurs propres outils, mais aussi leur école interne pour former leurs salariés. Avec la crise, la formation est devenue une priorité dans les entreprises qui profitent de l'accalmie ambiante pour se former. Dans ce domaine, le territoire est créatif. Tour d'horizon de pratiques qui sortent du lot.
Dossier réalisé par Géry Bertrande