N umérique : Les recettes pour doper le secteur

N
umérique : Les recettes pour doper le secteur

FILIÈRE. Le chiffre d'affaires consolidé des adhérents des clusters Edit et Grilog, qui s'apprêtent à fusionner, pèse plus de 3,5Md€. Avant de connaître le verdict des labels French Tech, bousculé par la candidature surprise d'Annecy, la filière a l'intention de faire entendre sa voix.

33.000 emplois, 3,5Md€ de chiffre d'affaires consolidé, plus de 1.000 établissements... et la volonté clairement affichée de gagner son indépendance financière vis-à-vis de la Région et du Grand Lyon, qui versent à eux deux 75 % des 700.000 euros de budget de fonctionnement du cluster Édit. La fusion et la soif d'émancipation colle bien avec les ambitions du successeur de Laurent Fiard à la présidence, Jean-Michel Bérard, dirigeant de la florissante entreprise lyonnaise de dématérialisation de données, Esker. Cet ambitieux entrepreneur n'envisage visiblement pas le rôle de président se limitant à couper des rubans. La feuille de route qu'il trace pour ce mandat passera, pour atteindre l'indépendance financière, par la recherche active de nouveaux sponsors. Avec l'idée de toucher des grands noms : Microsoft, des fournisseurs télécoms, les Big Four etc. « En les attirant chez nous, nous gagnons en crédibilité, en indépendance. Et pour nos partenaires, pouvoir s'adresser en direct à nos 750 adhérents n'est pas inintéressant » souligne-t-il.




Malthusianisme

Troisième mission pour réinjecter du souffle dans la filière, les acteurs du numérique veulent nouer un dialogue fécond avec les écoles et universités. « Notre problème numéro 1 dans l'édition de logiciel est cruellement paradoxal : nous n'arrivons pas à recruter autant que nous voudrions. Nous manquons de talents. J'ai relevé par exemple qu'à l'Insa de Lyon, la jauge de la promotion "Informatique", qui est de 120 étudiants, n'a pas bougé depuis... 1987 ! Pourquoi un tel malthusianisme ? Il me semble que ce secteur ne souffre pas de la désaffection des jeunes mais plutôt d'un numerus closus trop restrictif. Conséquence, les éditeurs font appel à des compétences off shore, puisqu'on ne les trouve pas en France. À titre personnel je dois recruter 6/7 développeurs d'ici la fin de l'année, je sais que cela va être un vrai casse-tête ».





L'homme plaide aussi pour le développement du système d'apprentissage. « Nous en avons parlé récemment avec Jean-Jack Queyranne (Président PS de la Région Rhône-Alpes, ndlr). Notre filière aurait largement de quoi absorber les apprentis en formation ». Et de déplorer que « dans l'esprit de nos élus, notre secteur entre dans la catégorie des services. C'est archifaux ! Le numérique représente une industrie qui se vend et s'exporte parfaitement dans l'Union Européenne et le reste du monde », décrit Jean-Michel Bérard. Face à ces constats d'inertie dans le monde de l'enseignement, les cadres du cluster Édit/Grilog s'interrogent sur l'opportunité de créer une "Université du logiciel", qui pourrait prendre la forme d'un campus ou de cours dispensés via des Moocs. « Nous ne souhaitons pas créer une structure qui détruise ce qui existe déjà » précise Thierry Alvergnat, directeur général du cluster. Une décision devrait être arrêtée au plus tard au premier trimestre 2015, après avoir dressé une liste exhaustive des formations existantes en Rhône-Alpes, en sollicitant tous les DRH de leurs adhérents, et en recensant les profils en tension afin d'avoir une idée des formations à créer qui seraient directement fléchées vers les besoins des employeurs.




Label French Tech

Le cluster de la filière numérique tente aussi d'imposer une autre voix autour des labels French Tech. « Nous militons, sans faire d'ingérence, pour un label régional. Nous pensons qu'il est possible d'articuler les démarches French Tech des différentes métropoles (Saint-Étienne, Lyon, Grenoble et depuis septembre, Annecy) autour d'un label commun. À l'étranger nous n'allons pas afficher à la queue leu leu les logos de toutes les villes de la région qui auront décroché le sésame, il faudra bien trouver une solution ! » pronostique Thierry Alvergnat.

Lyon Saint-Étienne Grenoble